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Art-Histoire-Littérature

Kazimir Malevitch et le suprématisme. Par Anne-Maya Guérin, historienne de l’art.

21 Octobre 2014 , Rédigé par Anne-Maya Guérin




"Je me suis transfiguré dans le zéro des formes et suis allé au delà du zéro vers la création, c'est à dire vers le suprématisme, vers le nouveau réalisme pictural, vers la création non figurative." (Malevitch)

Chef de file de l'avant-garde russe, Kazimir Malevitch (1878-1935) est un peintre autodidacte, formé au contact de paysans qui pratiquaient une peinture décorative. L’artiste va explorer un à un tous les courants d'avant-garde - impressionnisme, symbolisme, expressionnisme, cubisme, futurisme - se remettant sans cesse en question. En 1915, après avoir travaillé dans le secret de son atelier, il dévoile une série de toiles composées exclusivement de carrés. Il fonde alors le suprématisme, à la recherche de l'abstraction pure.
Cette conférence retracera le parcours de cet artiste avide de liberté et d'absolu, qui a traversé la révolution russe, a été confronté à la censure, mais qui jusqu'à la fin de sa vie poursuivra sa quête d'une "peinture pure".

Les Ambulant sont les premiers modèles de Malevitch, pour leur gout de la nature, mais aussi pour leurs positions politiques, idéale de l’artiste impliqué dans la vie sociale selon un idéal socialiste (Fouriériste). Malevitch entame dès ce moment une réflexion sur la position de l’artiste au sein de la société. Et de la nécessités d’actions communes. Un art militant.

« Sur le fond terne de l’existence quotidienne à Koursk, notre cercle était le véritable volcan de l’activité artistique. J’avais le point de vue le plus révolutionnaire.»

Malevitch développe alors sont style vers une peinture plus impressionniste, bien qu’il n’ai vu aucune peinture Française. Mais tels les impressionnistes il fait sa peinture en plein air.

A Moscou il s’installe à la commune, groupe d’artistes et élèves de l’académie des beaux arts. Il prépare le concours d’entrée de l’école. Lieu d’enseignement traditionnel mais aussi progressiste, avec des artistes Symbolistes comme Sérov et Korovine. (Exposition « la rose bleue »), mais ce n’est pas un lieu de travail !!

Une des sources de l’esthétique de Malevitch réside dans l’art des icônes qu’il connaît depuis son enfance, mais que son séjour à Moscou a exalté par le contact avec les icônes de grands maîtres : le maître Denis, et Andreï Roublev, Théophane le grec, Simon Ouchakov.

La première question que pose l’icône est celle du naturalisme. Et de l’utilisation de signes plastiques.

« A travers l’art de l’icône je compris le caractère émotionne de l’art paysan, que j’aimais auparavant, mais dont je n’avais pas élucidé la portée ».

Il remet en question l’art réaliste des peintres ambulants. C’est en 1904-1905 que Malevitch prend conscience de l’importance d’un art populaire et collectif mais dégagé de toute idéologie.

Il ne croit plus en la peinture naturaliste, et décide alors se tourner une autre réalité, une réalité intérieure, il commence alors une peinture symboliste. Ces années sont marquées par un symbolisme russe inspiré de l’art nouveau. Diaghilev, Baskt, Sérov.

Ce passage par le symbolisme Malevitch le rejettera violement quelques années plus tard, il ne faut cependant pas le négligé dans son évolution. Ses recherches sont aussi philosophiques car il découvre à ce moment Schopenhauer. Il a ce moment une idée qui sera constante dans sa réflexion, celle de la « puissance de l’intuition ».

Malevitch qui baigne désormais dan un milieu artistique, est de nouvelles influences nourrissent sa peinture : la fauvisme et Natalia Gontcharova.

Les milieux artistiques russes sont à cette époque soit occidentaliste ou pan-slaves. Les travaux de Larionov sont très inspirés des louboks, sorte d’image d’Epinal Russe. Qui inspireront également Malevitch.

Les frères Bourliouk, peintres et poètes, sont aussi admiratifs des enseignes populaires, des images scythes, et du fauvisme.

La « queue de l’âne » organise une importante exposition en 1912. Est exposée la peinture des primitivistes russe. Une peinture qui se dit conquérante et barbare tel un cavalier scythe.

Cette expo de 1912, est la première exposition d’importance pour Malevitch. Mais cette exposition qui a un certain succès et attire de nombreux curieux marque la fin de la queue de l’âne, les personnalités s’émancipent et supporte difficilement la force de caractère du couple Larionov-Gontcharova.

Malevitch, tout en gardant des sujet inspirés de la vie paysanne évolue vers un style que l’on qualifié de cubo–futuriste. La découverte du cubisme, et de l’analyse de la forme qui en découle vient alors nourrir sa peinture. Il l’applique la leçon cubiste en épurant les formes, tout en gardant la force expressive de la couleur.

C’est en 1910 que paraît à Moscou la traduction du manifeste futuriste de Filippo Marinetti, c’est une esthétique de la vitesse, pour la quelle le monde industriel est un idéal de civilisation. Où science et technique se veulent libre de toute références au passé. Ce manifeste est accueilli avec un grand enthousiasme par toute l’avant garde russe, d‘autant plus que l’esthétique futuriste concerne aussi bien la peinture et la poésie. Les artiste d’avant garde de Moscou vont alors créer une nouvelle esthétique qui rassemble cubisme et futurisme, et qu’ils appelleront aveniriste.

Mais cubisme ou futurisme restent figuratif, et mais Malevitch souhaite dépasser l’apparence des chose pour en rendre l’essence !

V. Maïakovski, D. Bourliouk, Kroutchonykh et sa compagne Olga Rozanova, sont peintres et poètes. Ils souhaitent libérer l’art de ses contraints espace, lignes couleurs et mots sont désormais libres. Des poésies illustrés et des manifestes sont les résultats de ces recherches.

Ils se promènent le visage peint, pour que l’art envahisse la vie ». Bourliouk, Larionov. Maïakovski est en blouse jaune et haut de forme, Malevitch et Morgounov orne leurs vestes d’une cuillère en bois.

On peut voir dans ses recherches les racines du suprématisme.

Depuis son adhésion à l’association pétersbourgeoise Union de la jeunesse, Malevitch participe a de nombreux débats publics, où son talent d’orateur peut s’exprimer. Lors de ces réunions un projet d’opéra futuriste voit le jour, sorte de parodie des drames musicaux Wagnériens.

  • Un opéra aveniriste : « la victoire sur le soleil » 1913. Composition musicale de Matiouchine, livret de Kroutchonykh, prologue de Khlebnikov, et décor scénographie et mise en scène de Malevitch. Opéra financé par la l’union de la jeunesse St Petersburg.

Cet opéra sera présenté en alternance avec une tragédie de Maïakovski.

Malevitch au cours de ces années décompose le tableau, fait l’inventaire de ses éléments formels, il isolera les deux principaux : le plan et la couleur.

Son carré noir sur fond blanc a pour origine « la victoire sur le soleil ». Où il utilise un vocabulaire abstrait, en particulier pour les décors du 4ème et 5ème tableau.

L’année 1914 voit la fin de l’avenirisme, et si il a encore quelques expositions d’avant garde, (tramway V, expo conçue par Malevitch, un des leader de l’avant garde russe, sorte de rétrospective afin de clore la période futuriste, cubo-futuriste transrationnelle, et alogique).

On voit Malevitch à la recherche d’une sorte de pont zéro de la peinture, une table rase. D’ou la vraie peinture pourrait enfin émerger. Malevitch travaille la fondation d’une nouvelle revue : Supremus. Avec les Puni, Klioun, et Rozanova. Il rassemble autour de lui des artistes qui vont avec lui participer à l’élaboration d’un « monde nouveau ».

C’est dans le secret de son atelier de Malevitch travail à trouver le mode pictural qui rendra ce monde nouveau. Si il travail en secret c’est qu’il veut créer un effet de surprise.

« Seuls quelques rares peintres ont considéré la peinture comme action poursuivant un but en soi. Ces peintures ne voient pas les maisons, ni les montagnes, ni le ciel (…) toutes ces choses sont des surfaces picturales (…)Ces peintres ne voient que la peinture qui pousse sur a surface »Malevitch 1919.

« Le plus précieux dans la création picturale c’est la couleur et la texture ; elles constituent l’essence picturale que le sujet a toujours tuer.(…) S’ils veulent être des peintres purs, les artistes doivent abandonner le sujet et les objets. (…)Dans l’art suprématiste, les formes vivront comme toutes les forces vives de la nature » Du cubisme et du futurisme au suprématisme 1916

Il doit préparer rapidement une exposition, Les frères Puni, l’aide dans cette organisation, cette exposition aura pour titre : « 0.10 », au n°7 champ de Mars, Petrograd. Annoncée comme dernière exposition futuriste.

L’exposition a lieu de fin décembre 1915 à janvier 1916. D’un coté sont exposés les partisans de Tatline, de l’autre Malevitch et ses compagnons : Klioun, Puni, Rozanova… eux qui étaient amis une jalousie implacable les opposent désormais. Mais ils gardent une grande estime l’un pour l’autre.

Il fait un choix de 39 tableaux « non objectifs ».

Parallèlement il met en place un corpus théorique, sous la forme d’un manifeste. Il demande pour cela de l’aide à Matiouchine. Ce sera : « du cubisme au suprématisme. Le nouveau réalisme de la peinture en tant que création absolue ». La brochure est vendue sur demande dans l’exposition.

Suprématisme : suprématie de la couleur, libérée de toute référence a un objet ou un sujet. Sans espace illusionniste, mais l’affirmation de l’espace du tableau.Le suprématisme marque un point 0, c’est à dire un renouveau. C’est une libération de la couleur et de la forme pour eux même, choisi et composé pour répondre à la sensation de l’artiste.

Le suprématisme est une intuition philosophique, et n’est pas une soutenue par les mathématiques.

  • Quadrangle 1915. Avec cette œuvre, Malevitch libère la couleur et la forme, ainsi que le plan du tableau, est fait d’une « surface plane recouverte de couleur » (Maurice Denis) une œuvre d’art. « un nouveau né vivant et majestueux ». Il faut souligner que ce n’est pas un carré, mais un quadrilatère légèrement étiré vars en haut à droite, ce qui induit un effet dynamique. De plus L’observation de la toile montre de nombreuses superpositions de couche de peinture, et une matière qui est loin d’être lisse, certains endroit du fond blanc a été peint directement avec les doigts.
  • Malevitch a mis au point un art Non-objectif. (Sans objets) : « l’auteur ignore le contenu de ses peintures » Malevitch.

    Le carré noir prend la place de la figure dans les tableaux de Malevitch. On peut ici réfléchir aux périodes iconoclastes de l’histoire russe. Et sa résolution dans l’image (icône) qui met en relation le visible et l’invisible. Sorte de Véronique moderne, le visage devient un carré noir. Malevitch parle de son quadrangle comme « icône de notre temps ». Les photos de l’exposition nous montre le tableau accroché dans un angle supérieur de la pièce, comme est accroché une icône dans la maison de chrétiens orthodoxes. « Le beau coin », où une trinité est formée par les lignes de l’angle de la pièce avec le plafond.

    Le carré noir est contemporain de la fin des tsars et de la première guerre mondiale. Il recherche un point zéro, une table rase sur la quelle édifié une création nouvelle. Qui permet de prendre en compte l’espace réel du tableau.Ce qui différentie le suprématisme des autres courants abstrait géométrique , comme le néoplasticisme, ou le constructivisme, c’est cette liberté inconditionnelle des formes, ainsi qu’une charge énergétique, une recherche de dynamisme .

  • 1918 : La grande guerre est termine mais la Russie est en pleine guerre civile, les bolcheviks, vont prenant le dessus sur les socialistes et Mencheviks, certain pressentent que la dictature s’installe, et certains artistes pressentant le pire émigre, David Bourliouk, part au Japon et aux US.

    D’autre euphorisées par l’ambiance révolutionnaire reste, c’est le cas de Malevitch, s’impliquant de plus en plus dans les soviets et autres commissions. Cependant il n’est ni communiste, ni bolchevik, mais plutôt anarchiste. Les mouvements anarchistes seront réprimés violement dès 1918.

    Malevitch publiera de nombreux article dans la revue Anarchie, il rêve d’un état libre d’artistes, il se rend rapidement compte que cet état de rêve n’adviendra pas car la bureaucratie tuera l’esprit révolutionnaire.

    Il a vu une ouverture avec la révolution qui aurait selon lui permis une libération artistique, et celle ci se refermer aussitôt. Ces recherches sur l’énergie des couleurs, le conduisent à l’incolore, cet incolore sera le blanc, qui est la somme des énergies des couleurs (la convergences des couleurs lumières donne une lumière blanche).c’est a nouveau un parcours solitaire, qui le conduit a son carré blanc sur fond blanc. Cette recherche se poursuit dans un texte théorique, « Le monde des choses une fois disparu apparaitra une nouvelle texture plus légère ».

Kazimir Malevitch et le suprématisme.  Par Anne-Maya Guérin, historienne de l’art.
Kazimir Malevitch et le suprématisme.  Par Anne-Maya Guérin, historienne de l’art.
Kazimir Malevitch et le suprématisme.  Par Anne-Maya Guérin, historienne de l’art.
Kazimir Malevitch et le suprématisme.  Par Anne-Maya Guérin, historienne de l’art.
Kazimir Malevitch et le suprématisme.  Par Anne-Maya Guérin, historienne de l’art.
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