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Art-Histoire-Littérature

Juan Gris, le cubisme poétique .

24 Novembre 2014 , Rédigé par Anne-Maya Guérin

La donation Tériade a donné la possibilité au Musée Matisse de présenter des artistes modernes, qui étaient de la même génération que Henri Matisse, et ainsi de pouvoir nous introduire aux courants d’avant garde qui naquirent en même temps que le Fauvisme. Parmi ces artistes, il y en a un qui a une place un peu particulière, c’est Juan Gris.

En effet Tériade édite en 1955 Au soleil du plafond, un poème en prose de Reverdy illustré par Juan Gris en 1916, (ce dernier est mort en 1927).

Tériade avait écrits plusieurs articles consacré à Juan Gris dès les années 20, et admirait dans son œuvre se classicisme qui la caractérise, il dit de lui « …. L’effort de Juan Gris fut un sacrifice ininterrompu en vue de la grande pureté plastique… »

Reverdy est l’auteur de plusieurs textes qui furent édités par Tériade et il possédait depuis longtemps les lithographies réalisées par son ami peintre pour ce texte, qui put enfin voir le jour grâce aux éditions Tériade. C’est l’aboutissement d‘une histoire d’amitié entre et un poète, un peintre, et un éditeur.

C’est ainsi que Juan Gris a rejoint le groupe d’artistes qui illustrèrent des livres des éditions Tériade, mais de manière posthume.

Enfance et formation :

José Victoriano Carmalo Gonzalez Perez dit Juan Gris est un peintre d’origine espagnol, qui naquit à Madrid en mars 1887, dans une famille de commerçants aisés. Il était le treizième de quatorze enfants. Il connus une enfance confortable, malheureusement son père fit faillite et son adolescence est marquée par les difficultés financières que connaît alors la famille.

Il commencera ses études en 1902 à la Escuela de Artes y Manufacturas, équivalent de nos Arts et Métiers. Mais il en sort prématurément en 1904 pour entrer dans l’atelier du peintre Moreno Carbonero, qui le forme à la peinture académique. Il gardera de ses études un goût marqué pour les sciences.

Au début du XXème siècle la peinture française et l’impressionnisme ne sont pas présentent en Espagne, c’est une influence allemande qui s’y fait alors ressentir. C’est à dire L’art nouveau. Qui est diffusé, entre autre, par la revue Jugend, dont Juan Gris connaît quelques collaborateurs. Cette influence apparaît dans les premières œuvres de Juan Gris qui commencera sa carrière comme illustrateur et dessinateur de presse.

Sa première œuvre connue et signée Juan Gris, est l’illustration d’un recueil de poèmes, Alma America, œuvre du poète péruvien Santos Chocanos. Il s’agit de soixante dix-sept vignettes décoratives. Ces dernières montrent une ligne déliée et sinueuse caractéristique de l’esthétique Jugend style, ainsi que des recherches typographiques.

Le dessin presse, une école.

C’est à dix-neuf ans, en 1906 que Juan Gris décide de partir à Paris. En ce début de XXème siècle Paris à l’aura d’une capitale mondiale des arts, et qui veut être peintre doit passer par Paris où il existe de nombreuses académies et ateliers où les jeunes artistes se côtoient et font leurs classes.

D’abord héberger quelques mois chez un ami, Vasquez Diaz, Juan Gris cherche du travail et frappe aux portes des journaux satiriques pour proposer ses services comme dessinateur, c’est ainsi qu’il financera ces débuts parisiens,

Les vignettes qu’il avait réalisées, aux arabesques caractéristiques de l’art nouveau, permettront à Juan Gris de montrer son travail et lui sert de carte de visite, il collaborera à différents journaux régulièrement jusqu’en 1911.

Que ce soit pour Le Témoin, l’Assiette au Beurre, Charivari, ou encore le Cri de Paris, il réalisera de très nombreux dessins, aujourd’hui dispersés ou détruit. Ces dessins font preuve d’une grande maitrise de la ligne et de la composition. Il met déjà en place des jeux de rapports entre le fond et la forme, ainsi que des effets de rythmes plastiques grâce à l’utilisation de motifs décoratifs. Tous ces éléments formels ce retrouveront quelques années plus tard dans sa peinture. 500 dessins ont été recensés, ainsi que des vignettes typographique, ce qui fait de lui le dessinateur de presse le plus prolifique de l’époque. Ces dessins montrent une grande variété dans les thèmes abordés, que ce soit la politique, la société, ou bien encore des préoccupations plus personnelles.

L’année 1910 est marquée par une importante crise dans l’édition de la presse satirique, ce qui fait perde à Gris une grande parti de ses revenus, alors que l’année précédente il venait d’avoir un fils, Georges. Juan Gris à alors 23 ans.

A la découverte de la peinture « moderne » :

Ces premières années parisiennes, vont être pour lui la découverte d’une nouvelle peinture, et en particulier de l’œuvre de Paul Cézanne, dont il copiera des tableaux au moment de la grande rétrospective de 1907. En effet l’œuvre de Cézanne apporte une autre proposition que celle des impressionnistes, où la composition et la structure du tableau sont primordiales et où il cherche à créer l’espace par des contrastes de couleurs.

Mais aussi la rencontre avec un milieu artistique d’avant garde dans lequel il est introduit par son ami Diaz. Dès 1906 Juan gris loue un atelier 13 rue Ravignan, dans ce grand bâtiment appelé « Bateau Lavoir » qui rassemble plusieurs ateliers d’artistes, et où il rencontre Pablo Picasso, Georges Braque, Mais aussi Apollinaire, André Salmon, Max Jacob…

Juan Gris découvre les rapides évolutions que vient de connaître la peinture française.

L’époque se caractérise alors par d’importante recherches sur la lumière entreprise par les impressionnistes, poursuivie par les divisionnistes (néo-impressionnistes), et est arrivée à sont point le plus exacerbé avec le fauvisme. La lumière ses variations, sa composition, l’émotion qu’elle procure, semble être devenue le sujet de la peinture.

Comme le disait Mallarmé « Peindre non la chose mais l’effet qu’elle produit » devient un slogan des jeunes peintres.

Cette époque voit se côtoyer de nombreuses expériences qui toutes à leur manière interrogent la représentation sur une toile en deux dimensions des corps qui en ont trois, et ce par des moyens nouveaux.

Que ce soit Seurat avec ses expériences divisionnistes, ou Paul Cézanne, qui fait se chevaucher les plans, et cherche une autre perspective que celle mise en place depuis la renaissance(perspective mono focale).

On voit que la peinture cherche a se libérer de illusionnisme, pour devenir de plus en plus autonome, ce que revendiqueront tout particulièrement les cubistes.

Juan Gris visite pendants ces années 1906-1907 les salons indépendants où il peut voir les grand formats de Matisse comme la joie de vivre où la baigneuse couché. (Il sera plus sensible aux petits paysages fauves).

Mais il n’est pas sensible à ces recherches sur la couleur, plus intéressé par les recherches sur la structure, la composition, l’architecture du tableau. Tel qu’il les verra dans l’œuvre de Picasso qu’il rencontre au Bateau Lavoir, et qui dans ces années 1907-1908, compose des ensembles classiques dans des camaïeux de bleus.

Cette année 1910, où Gris voit remit en question son travail en tant que dessinateur de presse est une année décisive, car il fera le choix de passer le pas et de se consacrer pleinement à la peinture. Il se sépare de sa compagne, envoi son fils en Espagne où il sera élevé par sa sœur. Cette année marque le tournant vers une période de misère, de solitude de doute et d’angoisse.

Le cubisme analytique :

Juan Gris verra au bateau lavoir naitre sous ses yeux ce qu’on appellera le cubisme : dont les toiles fondatrice pour les historiens de l’art sont « les demoiselles d’Avignon » de Picasso, et le « Grand nu » de Braque.

Picasso et Braque, vont inventer alors une nouvelle manière de figurer l’espace : ils se dégagent de l’espace illusionniste, pour analyser le sujet, le déstructurer, est proposer sur la toile la juxtaposition de ses différents éléments, leur analyse prend en compte la lumière, mais qui n’est pas une lumière « atmosphérique », mais une lumière qui permet de « sculpter le volume », en dehors de tout effet météorologique.

Le cubisme est une réaction contre l’impressionnisme, et contrairement à l’impressionnisme qui cherche à capter une moment fugitif, le cubisme renoue avec l’objet dans son « essence », l’artiste voulant donner de l’objet une image hors de tout variations, nous donner une image qui serait l’idée de l’objet tel qu’il nous reste en mémoire. On ne regarde de la forme que ce qu’elle a d’essentiel, ses contours, son volume, sa couleur propre hors de toute variations de lumière, on cherche les qualités permanentes de l’objet. Ceci nous permet de comprendre pourquoi le sujet de prédilection des cubistes est la nature morte. De plus le choix de certains objets, comme les instruments de musique permet de laisser surgir des thématiques classique, (néo-platonicienne).

La lumière n’est utilisée que pour rendre le volume de l’objet, et faire surgir ainsi les solides. Les peintres cubistes, donnent à l’architecture du tableau une place de plus en plus importante, créant ainsi un espace monumental. Le tableau cubiste est une « reconstruction » du réel, et non plus une imitation du réel.

Une de ses première oeuvres connue de cette époque est une aquarelle :

  • Les lampes 1910. + le livre

Cette composition est très cézannienne, la lumière construit l’espace, les objets sont représentés avec un certain soin, les formes sont seulement légèrement géométrisée. Il se dégage de l’ensemble une grande unité de tons et de formes. Les effets de perspectives sont maitrisés.

Les toiles de 1911-1912 montre une rapide évolution:

  • Nature morte +Bouteille et couteau.

Les tableaux deviennent presque monochrome, les objet sont nettement découpés dans l’espace, et montrent des déformations, ces compositions sont une réponse au cubisme analytique de Braque et de Picasso, où la forme est totalement déstructurée et devient par là même illisible, ce qui créer un effet de fouillis que Gris n’apprécie pas, sa réponse est de créer des composition qui garde l’esprit du cubisme analytique mais en le simplifiant et en diminuant le nombre de point de vus rassemblés dans la composition.

Il est important aussi de noter la manière dont Juan gris simplifie les formes est parvient a les unifier avec le fond par des jeux de couleurs, mais aussi de rythmes plastique, en jouant de ces lignes diagonales qui brisent les formes et ponctuent le fond, unifiant ainsi fond et forme, tout en donnant au objets une consistance « réaliste » en plaçant des effets d’ombres et de lumières en gardant une source de lumière unique. Juan gris apporte une grande importance à la mise en scène. A partir de ce moment Il adopte le cubisme comme langage plastique et y sera fidèle sa vie durant.

Il reprend l’ensemble des sujets cubistes et s’essaie donc aussi au portrait, dont cet hommage à Picasso.

  • Portrait de Légua +Hommage à Picasso

Juan gris se positionne lui même par rapport à Braque et Picasso comme disciple, ce qui flatte, mais aussi gène Picasso, qui refuse d’être cataloguer comme chef de file d’un mouvement, voulant garder sa totale liberté.

Adhérer au cubisme est pour Juan Gris le moyen de faire de la peinture moderne, mais il se démarquera de Braque et de Picasso par les choix de ses couleurs, où encore de ses format qui restent modeste.

Juan Gris expose pour la première fois au Salon des indépendants de 1912, et dès leur première présentation ses œuvres frappent par leur maitrise d’un vocabulaire plastique alors encore nouveau. Bien qu’il se place comme un disciple de Picasso, on remarque que Gris assimiler rapidement les inventions de Braque et de Picasso pour les soumettre à ses propres exigences de clarté et de pureté.

Cette première exposition, qui sera suivi d’une seconde au salon de la section d’or(groupe d’artistes et écrivains intéressés par les recherches cubistes, mais aussi par les mathématiques, et les théories classiques de l’art), montre un début prometteur. Le jeune peintre est remarquer Par D.H.Kahnweiler, jeune marchand de tableau qui fait de fréquentes visites au Bateau Lavoir et dans les salons indépendants, et qui décide de prendre J.Gris sous contrat.

  • D.H.Kahnweiler :

Il faut ici présenter Daniel Henri Kahnweiler, car c’est une figure importante dans la vie de Juan Gris. Un des marchands d’art les plus important de ce début du XXème siècle, avec Durand Ruel, Vollard… Ce jeune allemand de 23 ans qui a fait des études de philosophie, qui connaît tous les grands musée européens, qui a une grande culture musicale et littéraire, ouvre avec un apport financier familial, une galerie à Paris en 1907. Cette galerie, dès sont ouverture sera le soutient de la peinture cubiste. « Je n’avais pas le moindre doute ni quant à la valeur esthétique de ces tableaux, ni quant à leur importance dans l’évolution de la peinture, car je ne connaissait pas le commerce de la peinture, mais je connaissais la peinture. »

Il écrira pendant la deuxième guerre mondiale une monographie sur Juan Gris, et des essais sur de nombreux artistes. Grand ami et soutient de Juan Gris, il sera pour lui un appuis et un conseiller fidèle.

Le cubisme synthétique :

1912, marque déjà la fin du cubisme analytique, Gris cherche a donner une homogénéité à l’ensemble de ses compositions, et ce en réintroduisant la couleur, et la matière.

C’est à la naissance du cubisme synthétique, cette évolution du cubisme que J.Gris contribue pleinement, et il n’apparaît plus alors comme un disciple, mais comme un collaborateur à part entière qui fait des propositions originales.

Le geste qui donnera au cubisme un nouveau tournant est celui du collage et du trompe l’œil. C’est en 1911, dans son tableau le portugais que Braque introduit pour la première fois le trompe l’œil. Le trompe l’œil ou le collage, est l’introduction dans la toile d’un élément réel, ou qui donne apparence du réel. L’ensemble de la composition est une recherche pour rendre la réalité de l’objet, par la juxtaposition des différents points de vue que l’on peut en avoir, et là le geste de Braque donne une nouvelle dimension a cette recherche puisqu’il place la représentation en trompe l’œil d’un détail de l’objet qui est lui même dans la composition. Picasso ira encore plus loin, en plaçant un objet : toile ciré au motif de cannage, pour dire : chaise canée. (1912 Nature morte à la chaise cannée). Nous voyons ici, que leurs compositions devenant illisibles, les artistes cubistes cherchent à donner des « signes » pour guider le spectateur, afin de permettre le passage de l’objet à l’idée, ils inventent le « signe objet ». Les artistes cubistes trouvent là un moyen plastique qui leur permet de relancer leurs recherches qui aboutiront aux cubismes synthétiques.

Dès 1912, juan gris incorpore à ses compositions, des « objets » pour faire « signes ».

  • La guitare 1913.

Pour Juan Gris cette introduction du trompe l’œil (matières, caractères d’imprimerie), ou du collage, lui permet à la fois de rendre plus lisible ses compositions en donnant des éléments au spectateur qui lui permet de lire, décrypter la composition. Le morceau de réel, permet de « qualifier » (selon le terme de Juan Gris) un objet, un élément « cliché », comme une lettre typo de journal, permet tout de suit au spectateur de « voir » l’objet, au milieu d’un rythme de lignes. Mais c’est aussi un moyen, avec un recentrement de la focal de donner plus d’homogénéité à ses compositions. Juan Gris accorde beaucoup d’importance à la recherche du « rythme propre du tableau ».

Il se limite à un fond fixe, sur lequel se détache les objets et cherche à s’éloigné d’un espace illusionniste. Mettant au point un vocabulaire de signe, il créé un « emblème »pour chaque objets. Les objets peuvent alors être signifiés par un fragment qui fait sens.

L’introduction du collage pose aussi des questions de nature philosophiques, sur la représentation, la réalité, le statut du tableau comme image illusionniste. Je rappel la volonté des cubiste de faire du tableau un objet. Et sur la volonté des peintres cubistes d’atteindre l’objet, pour au final se rendre compte que l’objet est une idée, une représentation. D’ou leur goût pour la pensée platonicienne : en référence au mythe de la caverne.

Il mais en place des compositions de plus en plus bidimensionnelles, qualifiant lui même ses tableaux « d’architecture plate coloré ». Son idéal de grandeur architectural se réalise dans ses compositions, par un hiératisme de la construction. Sa composition montre un travail géométrique plus strict, et comme clarifié. Il commence à mettre en place une dissociation entre la couleur et le dessin, permettant de faire se conjuguer plusieurs plans en un, et de jouer sur différent points de vues de l’objet tout en gardant une unité a l’ensemble du tableau, ce traitement particulier des surfaces et des signes amène D.H.Kahnweiler a parler de « polyphonie ».

Entre 1912 et 1914 le travail de Gris évolue, se diversifie, montre des tâtonnements et des expérimentations, qui feront de cette période un des moment les plus riche de sa carrière. Le chemin que prend Juan Gris est ici celui d’une peinture de plus en plus conceptuelle.

Juan gris passe l’été 1913 à Céret (près de Manolo, Braque et Picasso), et l’été 1914 à Collioure (où il rencontre Matisse), soutenu par son marchand, qui devient un ami est un interlocuteur important, à qui il confie ses doutes et ses recherches, par ses amis, (artistes et écrivains) et par sa nouvelle compagne Josette qui sera a ses cotés jusqu'à la fin de sa vie.

Mais la déclaration de guerre fera s’effondrer cet équilibre fragile.

En effet la guerre oblige D.H.Kahnweiler à se réfugier en Suisse, et ne permet plus à celui ci d’honorer son contrat. J.Gris de nationalité espagnol n’est pas mobilisé, mais n’a plus de rentrée d’argent et vivra pendant ces années de guerre de l’aide de ses amis et mécènes qui lui apporte un soutient moral et financier, comme Gertrude Stein, qui lui achètera plusieurs tableaux a ce moment là.

Il fera plusieurs séjours en Touraine dans la famille de Josette, qui peut alors héberger le couple.

Les années 1915-1918 voient se mettre en place la méthode très particulière qu’il utilisera dorénavant pour réaliser ses compositions.

D.H.Kahnweiler, décrit et explique se changement dans le processus de création des tableaux de Juan Gris :

Il construit ses tableaux sans modèle, il met en place une « construction mentale », une composition abstraite, une architecture. Et ce en produisant dans un premier temps de nombreux dessins. Dans les quels il est à la recherche de proportions et de rythmes, il qualifiera ces dessins « d’automatiques », une fois qu’il dit avoir trouver cette « architecture », naît une toile où formes et rythmes colorés seront la base de la composition. Se laissant ensuite guider par ses perceptions visuelles, ses souvenirs il voit apparaître dans cette structure des formes, des objets, qu’il rendra lisible au spectateur par le choix d’un « signe », « d’un emblème ». Il dit qu’il « objective » ses compositions. Ces éléments qui comme une écriture viennent donner une lisibilité figurative à la composition qui n’est au départ qu’une architecture de lignes et formes. Cette recherche d’objets, est faite pour le spectateur.

Cette démarche toute particulière démontre la volonté de Juan Gris de faire une peinture conceptuelle, que D.H.Kahnweiler, qualifiera de « réalisme magique ».

Cette période se caractérise par des compositions d’une plus grande austérité, d’une composition de plus en plus rigoureuse. La démarche ainsi élaborée lui permet d’aller toujours plus loin dans cette recherche d’une « architecture plate coloré ».

Ce qui est le plus déterminant pour Juan Gris dans cette « méthode », est qu’il ne part plus de « détails » pour construire un tableau, mais que c’est cette construction même qui amène le surgissement de ces détails. Il part d’une vision d’ensemble. D’où l’effet d’unité, d’homogénéité tant recherchée. Une surface blanche devient par quelques traits papier à musique, ou journal si on ajoute des caractères d’imprimerie. Un cercle est une assiette, un rectangle une bouteille. De plus l’utilisation de motifs décoratifs, marbrures, pointillés, damiers, sera un des moyens plastiques élaborés pour unifier l’espace.

Architecture et figuration peuvent ainsi évoluer de concert sans s’entraver l’un l’autre dans la création de ce que Kahnweiler appellera une polyphonie : des voix qui se complètent et s’accordent, une « conduite simultanée de lignes mélodiques indépendantes ».

Le cubisme « poétique » :

Même si Gris expose au salon de la section d’or sa démarche n’est pas mathématique. Il n’est pas dans une recherche d’un beau qui serait mathématiquement calculable, comme on peut le voir dans l’œuvre de certains artistes abstraits. Si Gris ne cherche pas le beau, il cherche le vrai, est ce vrai s’approche avant tout d’une émotion poétique.

Ce qui permet cette évolution dans sa peinture est le passage par ce moment antérieur où il a pu dissocier le dessin et la couleur, la couleur étant utilisée par plans structurant l’espace, plans qui pouvaient ensuite être unis par le dessin au trait, dessin « signe » créant les objets. Le problème de l’espace est aussi résolut, par le passage a une peinture conceptuelle, où l’objet n’est pas un objet dans l’espace, mais un « signe » déclenchant l’idée d’un objet, signe qui vient poncture, rythmer « l’architecture colorée ».

Il met alors en place une « écriture plastique », qui lui est propre,

1919, marque la fin de la première guerre mondiale, et pour Juan Gris la possibilité d’être exposé grâce a une grande rétrospective organisée par la galerie Rosenberg, (dès 1917 il signe un contrat d’exclusivité avec Léonce Rosenberg). Puis à la galerie l’Effort Moderne.

Juan Gris est alors considéré comme « un des grammairiens les plus orthodoxe de l’école cubiste » (Waldemar George), sont travail est alors qualifié de « cubisme classique », il apparaît comme le chef de file du « second cubisme ».

Ces années de guerre, sont loin d’avoir été de tout repos pour le couple, restrictions alimentaire, pénurie de charbon, donc pas de chauffage, le pilonnage de Paris par la grosse Bertha, les voyages pour trouver refuge, soit dans la famille soit chez les amis. Les amis, qui encourage et soutiennent, comme H.Matisse, voyant le dénuement du couple rassembles des amis, des connaissances pour le soutenir financièrement, Gertrude Stein, et Léonce Rosenberg. Cette aussi une époque où se noue de solides amitiés, avec Reverdy, Lipchitz, Metzinger… Mais, en 1920 de nombreux désaccords avec L.Rosenberg amène Gris à ne pas reconduire son contrat, ce qui lui permet a nouveau de vendre ses tableaux à Kahnweiler, mais aussi d’autres marchands comme A.Flechtheim. Il expose a nouveau à la section d’or, mais aussi au salon des indépendants, et à Genève.

C’est au printemps1920 que Juan Gris tombe gravement malade, une pleurésie qui l’oblige à long séjour à l’hôpital. L’hiver suivant il le passera dans le sud, à Bandol, pour « se rétablir », Gris fera ainsi de nombreux séjours « au soleil » afin de retrouver la santé. Cette longue convalescence sera le moment où Juan Gris se découvre, une nouvelle passion : la danse.

Ces trois mois sans peindre, l’on obliger à longue réflexion sur son travail dont on voit rapidement les effets l’années suivante, Gris entre dans sa période dite « poétique ».

Il ne veut pas faire des tableaux abstraits mais des compositions simples et évidentes, d’où il émane une poésie. Cette poésie est le résultat de la composition de moyens plastiques, faite de rythmes et de rimes.

Gris applique sa démarche élaborée pendant les années de guerres à d’autres sujets, comme la figure, et le thème de la fenêtre ouverte. Dès 1918, mais surtout en 1920,1921.

Les figures, comme le tourangeau, les pierrots, sont les exemples de l’application de sa méthode à la figure, où comme il le dit il « part du général pour aboutir au particulier ». La composition première existe avant le sujet, qui en émerge comme nécessairement. Tout l’art de Juan Gris est de mettre en place des accords de couleurs, et de rythmes plastiques, qui lui permettent d’exprimer le sentiment poétique qui l’habite.

Kahnweiler le décrit à la recherche d’une « vérité intérieure », afin d’atteindre un beau de nature transcendante, le spectateur voit une nature morte, des objets, mais ce qui « tient le tout » c’est une composition, une « architecture, qui a son rythme propre, dont il émane une émotion, mais une émotion contrôlée, dominée. Kahnweiler y voit toutes les caractéristiques de la grande peinture classique, dont les équivalents sont a trouvés dans la peinture de Poussin, ou Chardin.

Juan gris continue a faire de la peinture cubiste, alors que le cubisme est « passé de mode », mais Gris a choisi le cubisme et y est rester fidèle. Il fonde un langage plastique qui lui est propre qui lui permet d’exprimer ses émotions esthétiques, voir religieuses.

Cette recherche apparaît particulièrement dans ses figures, et dans ses natures mortes peintes au cours de ces deux longues années de convalescence.

Il joue sur l’interpénétration de la nature morte avec le paysage, où le bateau semble voguer sur les cordes de la guitare. Le spectateur peut ressentir la rêverie poétique de la longue contemplation du paysage par la fenêtre. Maurice Raynal parle de « métaphores plastiques » en ce qui concerne ces œuvres de Gris.

« qu’il s’agisse de la portée de guitare ou des cordes du papier à musique , des vagues de lignes d’imprimerie, des chevilles de la vigne, ou des grains de raisin du manche de violon, Juan gris ne fait que développer cette science lyrique des rapports, avec l’imagination que l’on sait ».

Maurice Raynal.

Les dimanches de Boulogne :

C’est au cours du printemps 1921 qu’il sera contacté pour la première fois par Diaghilev, le directeur des ballets russe qui lui propose de travailler avec lui. Ce dernier est alors à Monte Carlo avec sa troupe, Gris l’y rejoint, et rencontre les danseurs dont il fait des portraits. Il voit dans cette proposition une chance de se faire connaître au près d’un plus large public. Mais cette première prise ce contact n’aboutira pas.

Juan Gris se sent seul et isolé, mais il parvient à rester en contact avec le monde parisien grâce a sa correspondance avec D.H. Kahnweiler et ses amis peintres ou poètes.

Lorsqu’il rentre à paris en avril 1922 il semble guérit. Cependant ses amis ne voulant pas le voir rejoindre les locaux insalubres du Bateau Lavoir, le décide à louer un petit appartement à Boulogne, où il sera le voisin de Kahnweiler. Cet atelier appartement situé au 8 rue de La Marie, il y habitera jusqu'à sa mort. C’est pour Juan Gris un petit exil, loin du Montmartre bouillonnant, mais il rencontre régulièrement ses amis grâce aux « dimanches » organisé par Kahnweiler. Poètes, peintres, musiciens, se retrouvent, discutent, dansent et chantent. (André Simon, Germaine et Maurice Raynal, Odette et André Masson, Suzanne Roger, André Beaudin, Charles -Albert Cingria, Elie Lascaux, Antonin Artaud, Georges Limbour, Michel Leiris, Roland Tual, Lucienne et Armand Salacrou et encore Eric Satie, et Max Jacob) Ce sera aussi l’occasion de dessiner les portraits de ses amis. Ou encore de réaliser des illustrations pour accompagner les ouvrages de ses amis poètes.

Dès 1915-1916 il avait illustré les poèmes en prose de son ami Reverdy, Poèmes en prose et Au soleil du plafond, puis en 1919 La guitare endormie. Pour Vincente Huidobro, Horizon Carré, et Tremblement de terre. Pour Paul Dermé Beauté en 1918, Pour Max Jacob Ne coupez pas Mademoiselle ou les erreurs des PTT, en 1921. Pour Armand Salacrou Le casseur d’assiettes en 1924, et pour Tristan Tzara Le mouchoir de nuage pour le quel il exécute ses premières eaux fortes. Et en 1926 pour A book concluding with as a wife as a cow de Gertrude Stein. Pour ces illustrations Juan gris privilégie La litho.

Il visite aussi régulièrement le Louvre ou la collection du château de chantilly, Il admirait Raphaël, Le Nain, Boucher, Chardin, Murillo, ou encore Philippe de Champaigne.

Sinon il se consacre à sa peinture. Ces dernières années de sa vie montre une grande intensité de travail malgré la maladie.

Juan gris et les ballets russes

Serge Diaghilev, mène depuis les années d’avant guerre un travail d’avant garde avec sa troupe de danseurs « les ballets russes », après une période « orientalisante » dans les années 1906-1910, où les décors sont le plus souvent réaliser par Baskt, Diaghilev cherche a donner une touche modernité a ses spectacles en faisant de plus en plus appel aux artistes d’avant gardes pour participer à la conceptions des costumes et des décors.

En 1917, est produit Parade, sur une musique de Eric Satie et des décors de Picasso, en 1920 Le chant du rossignol, décors et costumes réalisés par Henri Matisse. Ou encore Le train Bleu, décors de Henri Laurens costumes de Coco Chanel.

C’est en 1923, que Diaghilev contact une nouvelle fois Juan Gris, qui réalisera pour lui une scénographie pour une « fête merveilleuse »au château de Versailles, puis une autre pour un gala au profit de la croix rouge au magasin Printemps, en mai 1924, mais aussi puis les costumes et décors de ses nouveaux ballets : « les tentations de la bergère », « La colombe » (opéra de Gounod), « une éducation manquée » (opéra bouffe de Chabrier).

Il faut avant tout souligner que les artistes cubistes n’ont pas une grande connaissance du théâtre et du ballet en particulier, ils sont plus familiers des spectacles de cirques. Et on peut déjà souligner la grande différence entre les deux, le théâtre et le ballet se déroule de manière frontale par rapport au spectateur, comme une frise, ou un bas relief, à la différence du cirque, où les spectateurs sont tout autour de la piste, et où le spectacle est conçu comme une ronde bosse étant vu de tous les cotés. D’ou l’importance du décor dans le ballet et le théâtre, la scène étant comme le tableau un espace illusionniste.

Lorsque Diaghilev prend contact avec Gris, ce dernier avait déjà réfléchit à l’application de son travail au costume et au décor, la proposition de Diaghilev est donc pour lui l’occasion de réaliser ce sur quoi il avait déjà réfléchit, mais aussi de mieux se faire connaître au près d’un plus large public.

Le travail que fera Gris pour le ballet est très différent ce qu’il a l’habitude de faire. Il doit concevoir décors et costumes pour un premier ballet qui a pour titre « les tentations de la bergère ou l’amour vainqueur » d’après une musique de Montéclair (1666-1737) arrangé par Casadesus. Pour restituer une ambiance Louis XIV, Gris se rendra à plusieurs reprises au château de Versailles pour en étudier le style. Il doit réaliser, le rideau ordinaire, le rideau peint, les décors et les costumes. Il effectuera une maquette de son décor et de nombreux dessins pour les costumes. L’idée de Gris est de faire un théâtre dans le théâtre : faisant référence aux spectacles sous Louis XIV où les nobles montaient sur scène pour voir le spectacle. Il fait un rideau, , où s’inscrit le titre du ballet, entouré de draperies, puis des décors, palais, escaliers, jets d’eaux, colonnes. Son travail pour la « fête merveilleuse de Versailles « montrent plus d’inventions, le spectacle se déroulant dans la galerie des glaces, il parvient a mettre en scène le décors existant et à l’intégrer a sa scénographie, faite d’un jeux d’escaliers montants jusqu’au plafond.

Il exécute également les décors pour l’opéra de Gounod « la colombe », et « l’éducation manquée » de Chabrier, ces travaux lui demande beaucoup d’énergie sans compter les contrariétés, désaccords avec Diaghilev, mauvaise exécution des décors par les peintres décorateurs. Son travail personnel en souffrira.

Les différentes scénographies qu’il exécutera pour Diaghilev montrent une réflexion sur l’espace, et des effets de tableau dans le tableau. Mais Diaghilev plutôt directif l’obligera souvent à simplifier ses projets de scénographie. Cette collaboration sera pour Juan gris la source de grandes fatigues et de beaucoup de tracas. « Mais quelle existence infernal que le théâtre ! Je vous assure que je n’ai pas envie de recommencer. On vit dans un perpétuel malentendu et c’est impossible de se faire comprendre ! » (Lettre à Kahnweiler) Diaghilev veut déclencher un intérêt du public en invitant des artistes à participer à l’élaboration de ses spectacles, mais il ne leur permet pas vraiment de révolutionner l’art de la scénographie et cantonne le plus souvent leur travail à la réalisation d’un rideau, c’est à dire d’un tableau.

Cette période est de plus marquée par une grave crise que connaît alors Gris en ce qui concerne sa peinture et qui le conduira à détruire de nombreux tableaux.

A la recherche d’un beau supérieur :

Cette dernière période de la vie de Juan Gris nous montre un artiste qui mais en place une théorisation de son travail. Il écrit des articles, et fera une conférence en 1924 à la Sorbonne : « Les possibilités de la peinture ».

Ses recherches le conduisent à vouloir trouver le beau, sans pour autant sacrifier la forme à l’émotion, mais plutôt trouver un équilibre entre émotion et forme.

Pour atteindre cela, il fait évoluer sa technique, prépare ses fonds, de manière « réchauffer » ses tons et ainsi enrichir la couleur, il applique la leçon de Chardin. Il travail à plusieurs toiles en même temps, pour pouvoir jouer sur les superposition des tons. Il cherche à fixer dans sa composition « une image inaltérable du monde » (D.H.Kahnweiler), il cherche alors à conjuguer ses recherches sur l’architecture du tableau, avec sa volonté de sentiment poétique. Ses recherches passeront par des études d’autres peintres, comme la femme à la mandoline de Corot.

Cette recherche du beau supérieur, ne peut s’atteindre pour lui que dans la construction. Ce qui amèneront certains critiques a qualifier Gris de « platonicien ».Lui même fait référence a Kant, pour expliquer la méthode déductive qu’il met en place: « un philosophe a dit (Kant)les sens donne la matière de la connaissance, mais l’esprit en donne la forme ». JG (les possibilités de la peinture).

Dans la peinture cubiste et pour Juan Gris en particulier, on peut décrire le processus créatif, en plusieurs temps : dans un premier temps l’émotion, émotion poétique ou sensation optique, cette émotion le peintre veut la fixer, en une image plastique.

« Il faut avoir une idée de ce que l’on va faire mais une idée vague. » Picasso.

Puis dans un deuxième temps l’artiste voit cette émotion ou « image mentale » se préciser petit à petit. Cette émotion va « s’incarner » dans le tableau, pour prendre corps dans le tableau et devenir un objet indépendant, un objet autonome. Pour incarner cette émotion le peintre devra trouver des « signes plastiques », ces signes seront aussi le moyen de faire partager cette émotion. Cette quête des signes plastiques est propre à tous les artistes. La particularité de la recherche de JG et de trouver un équilibre, qu’il appel aussi unité entre l’émotion et la forme dans la quelle elle s’incarne, cet équilibre, et pour JG le moyen d’atteindre le Beau. Ce qui donnera à sa peinture cette apparente simplicité, cette austérité, ce sentiment d’équilibre et d’harmonie qui est propre à la peinture classique.

Ces qualités se retrouve particulièrement dans les tableaux de la fin de a vie de JG. Alors en pleine possession de ses moyens, JG se voit rattraper par la maladie, crise d’asthme, tension, crise d’urémie. Après un conflit familial sont fils Georges l’avait rejoint à Boulogne. Mais la maladie amène JG et Josette a rechercher un meilleur climat pour apaiser ses souffrances. Mais les voyages au soleil n’apportent aucune amélioration. C’est au printemps 1927 qu’il succombera à une dernière crise d’urémie, après de longues périodes de souffrance. Il laissera à ses nombreux amis l’image d’une personnalité authentique et fidèle.

Conclusion :

Juan Gris est une figure indissociable du cubisme, au quel il restera toujours fidèle. Le cubisme est un acte fondateur de la modernité en art, il créer la rupture avec la peinture imitative, pour essayer de voir le réel d’une autre manière.

Cette recherche sur une nouvelle représentation du réel, fait de la nature morte son sujet de prédilection. La nature morte est ici un sujet qui donne les moyens d’une recherche formelle où les objets sont des « acteur » et lui est le metteur en scène. Mais c’est aussi un thème qui fait référence aux natures mortes classique, qui sont des vanités, des « memento mori ».

Sa démarche est de trouver le beau par un ajustement de rythmes et de proportions, qui s’équilibre dans une unité qu’est le tableau, qui est alors comme une architecture. Le tableau est une recréation atemporel et non contingente de la réalité. Cette démarche trouve des échos dans les recherches philosophiques de l’époque.

Le cubisme c’est aussi une génération, de peintre et de poètes et musiciens qui cherche a dire le monde d’une nouvelle manière, en remettant en question les moyens traditionnels et en cherchant des moyens nouveaux qui permettrait de retrouver une essence de l’art.

Les poètes, comme Apollinaire, Max Jacob, Reverdy, Gertrude Stein veulent faire en littérature ce qui se fait en peinture, c’est à dire remettre l’objet au premier plan, l’objet redevient sujet. Mais c’est l’essence de l’objet que cherches ces artistes, ce qui explique pour quoi pour le mieux le comprendre il vont dans un premier temps l’analyser, le déstructurer, afin d’en trouver l’essence qui sera en art traduit par le « signe plastique ».

Pierre Reverdy « c’est une conception nouvelle dans la forme et dans le fond, rechercher un art qui s’élève au dessus des apparences ». Ces artistes ne veulent pas copier sur leur toile ce qu’ils voient, faire « vrai », mais rendre visible le réel, ce qui les conduit nécessairement vers une abstraction. Mais le public est décontenancé et ne suit pas, tout ceci lui paraît obscure est hermétique, les formes et les mots semblent comme chargés de significations nouvelles qui ne nous sont pas données.

Pour son ami et Marchand D.H.Kahnweiler Juan Gris est un peintre moderne qu’il range dans la catégorie des classiques, qu’il oppose aux romantiques (Picasso).

« Il subordonne l’émotion à l’œuvre. » Kahnweiler. Pour ce dernier la peinture de J.G. est le résultat d’une volonté de pureté, d’ordre, où il canalise ses passions, et « soumet le détail à l’ensemble ». « Si le cubisme est une réaction à au fauvisme (romantique) est Gris en est l’expression la plus pure ». D’ailleurs pour Juan Gris la peinture est dans son essence abstraite comme la musique, la toile est le lieu ou sont projetées des images mentales, il reprendra le mot de Leonard de Vinci « pittura è cosa mentale »

Juan Gris « Ce que je fais est peut être de la mauvaise grande peinture, Mais c’est de la grande peinture », mais qu’est ce donc que cette grande peinture ? Masson nous répond « La grande peinture est une peinture où les intervalles sont chargés d’autant d’énergie que les figures qui les déterminent ».

De son vivant Juan Gris a des détracteurs, comme Zervos ou Greenberg, qui ne voient en lui qu’un second, un suiveur après Picasso. D’autres comme Kahnweiler, Maurice Raynal, Carl Einstein, ou Gertrude Stein, voient en lui une personnalité à part entière, et un des plus grands. Le décrivant comme un cubiste « classique », mais que veut dire être un classique quand on fait partie d’un mouvement d’avant garde ? Il semble que Gris est été « prisonnier » de sa fidélité au cubisme. Son contrat d’exclusivité avec Rosenberg, limite la visibilité de son travail et le contraint à « faire du cubisme ».

Il apparaît souvent comme le double, plutôt la doublure de Picasso, quand ce dernier n’est pas libre pour Diaghilev, C’est Gris qui est sollicité, quand Picasso n’est plus cubiste, Gris en devient le chef de file. Pour certains il sera rester dans l’ombre de Picasso, pour d’autre il aura su prendre son autonomie, mais a été arrêter dans son évolution par son décès précoce.

Juan Gris, le cubisme poétique .
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