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Art-Histoire-Littérature

Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée dans la peinture.

8 Décembre 2014 , Rédigé par Anne-Maya Guérin

Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.

Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée dans la peinture.

La lecture de l’ouvrage, « les femmes qui lisent sont dangereuses », de Laure Adler & Stéphan Bollmann, ainsi que « Une histoire de la littérature » d’Alberto Manguel m’ont inspirés cette petite présentation, qui est un voyage dans la peinture du moyen âge à nos jours, permettant à la fois, de retracer une histoire de la lecture au féminin, et sa représentation dans la peinture.

En occident, la lecture est un acte spirituel, le livre est la bible (biblos=livre), qui est lu par ceux qui savent lire, c'est-à-dire essentiellement les hommes d’église (moines, prêtres, clercs), et une certaine aristocratie.

L’annonciation de Simone Martini (1284-1344)

On remarque un effroi, un recul de la vierge devant la parole de l’ange ; Le livre rouge, quelle tient est un symbole de sagesse, on y reconnait le livre d’heures médiéval, utilisé par les laïcs pour leurs dévotions privées, et pour apprendre aux enfants à lire .On remarque les aspects archaïques du tableau, le fond doré, la présence des voutes sculptées, cependant les modelés des visages, le dessin en perspective du fauteuil, sont des marques de modernités pour l’époque. Cette œuvre est à la frontière du moyen âge et de la renaissance.

La première révolution dans la lecture est le passage de la lecture à haute voix, à la lecture silencieuse. La lecture silencieuse existe depuis l’antiquité mais est un phénomène marginal, la lecture ce fait à haute voix, en général un lecteur lit pour une assemblée, le texte est alors pour un groupe social, il est sous son contrôle. St Ambroise est un des premier à pratiqué la lecture silencieuse au IVème siècle. La caractéristique de cette lecture silencieuse est le repli sur soi, le lecture est comme sourd et aveugle au monde qui l’entoure.

La lecture silencieuse devient usuelle dans les monastères, puis dans les milieux universitaires et dans les milieux aristocrate « éclairés ». C’est cette pratique de la lecture silencieuse qui a amené mes moines copistes à simplifier la ponctuation, et à détacher les mots les uns des autres, facilitant ainsi cette lecture silencieuse, en simplifiant le déchiffrage du texte. Lorsque la lecture silencieuse est devenue la règle dans les salles où travaillaient les copistes, ces derniers communiquent entre eux par signes !

Mais cette lecture silencieuse est considérée comme « dangereuse » : elle autorise la rêverie, donc conduit au pécher de paresse, ou plus dangereux encore autorise le lecteur à faire sa propre interprétation des écritures sans contrôle extérieure. Elle est une communication sans témoin entre le livre et son lecteur. Cette lecture libre et privée de la bible laisse le lecteur libre et d’une certaine manière en relation direct avec le divin.

Van Eyck(1390-1441), est un des premiers artistes a utiliser la peinture a l’huile, cette technique, qui permet de retoucher, et retravailler la toile, va permettre la possibilité de rendre des effets de matières, de plus en plus époustouflants.

Michel ange, (1475-1564) la Sybille de Cumes

Une de s caractéristique de la peinture de la Renaissance e est la reprise de textes antique Grecques et romains pour enrichir son iconographie. Dans la décoration pour la chapelle Sixtine, dons le centre est occupé par l’image de dieu insufflant la vie à Adam, L’artiste réunis du prophète de l’ancien testament, et des prophétesses antiques que sont les sibylles. Apollon voulant séduire cette dernière, lui promet d’accomplir un de ses vœux et celle-ci demande d’avoir autant d’années de vie que de grains de sable qu’elle tient dans sa main, mais elle oublie de demander la jeunesse éternelle, et sa vie ne sera qu’une vieillesse chargée de maux.

Michel ange, dessine toujours des corps musculeux, tel qu’on le voit ici, la renaissance est aussi le moment où les artistes remettent l’homme au centre de leur préoccupation et lui accorde de plus en plus d’importance.

On ne peut que difficilement généraliser, mais on peut dire qu’à la fin du moyen âge, et au début de la renaissance l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans la société chrétienne, est un privilège réservé aux gens d’église, à l’aristocratie, et la grande bourgeoisie. La plupart des garçons mais aussi un certains nombre de filles apprennent la lecture dès leur plus jeune âge. C’est la nourrice de l’enfant qui commence cet enseignement, c’est pour cela quelle est choisi avec un grand soin, pour la qualité de son lait, mais aussi de pour ses vertus morales et son éducation. Elle apprendra bien sur à parler à l’enfant lui assurant diction et bonne prononciation. Puis elle lui enseignera son alphabet.

Cette figure de la mère enseignant à l’enfant est courante dans l’iconographie. Les précepteurs prendront la relève pour les jeunes garçons, alors que la mère s’occupera de celle de ses filles Cependant cette éducation donnée aux filles est débattue, car les moralistes y voient la possibilité d’entretenir une correspondance amoureuse ! D’autres y voient le moyen d’étudier la vraie foi, et de permettre aux jeunes filles une élévation spirituelle. Au XVème siècle on voit dans l’aristocratie et la grande bourgeoisie des femmes très instruites. L’idée que la lecture est un plaisir un agrément, un loisir, et relativement récente, et n’apparait qu’au XVIème, XVIIIème siècle.

Ici Rembrandt (1606-1669) fait poser sa mère, on remarque qu’il apporte un soin tout particulier à représenter une personne d’un grand âge, qui déchargée de ses obligation domestique peut se consacrée a l’étude des écritures saintes. On une des caractéristiques de l’art de Rembrandt constitue en sa manière de nimber son sujet de lumière, lui donnant ainsi une grande force émotive.

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Entre 1686 et 1720 l’église luthérienne de Suède, entrepris une vaste campagne d’alphabétisation, afin de permettre au plus grand nombre de lire la bible. Mais cela permis également de diffuser des brochures sur l’hygiène et les soins aux nourrissons, diminuant ainsi considérablement la mortalité infantile. La femme qui sait lire acquiert ainsi un espace de liberté privé, un jardin secret, ainsi qu’un sentiment de valorisation, la lecture étant l’accès au savoir.

Cette œuvre reprend les grandes caractéristiques de l’art de Vermeer (1632-1675).Des sujets intimes, dans une grande simplicité de composition, qui sont baigné de lumière. Un jeu subtil d’accord de couleurs, et de composition donne à la description d’un moment intime, une présence d’une très grande force.

C’est surtout dans les milieux protestants que la lecture est favorisée, permettant l’accès aux connaissances empiriques, aux idées critiques.

On voit dans la peinture Hollandaise la présence de la lecture comme faisant partie de la vie quotidienne.

JBS Chardin, (1699-1779) est un peintre de Natures Mortes, mais qui fait aussi des scènes de genres, dans les quelles il nous donne à voir la vie quotidienne au XVIIIème siècle. Il apporte beaucoup d’attention à la composition et aux vides dans ses tableaux. Sa palette est plutôt chaude. Il Présente ici un moment de délassement, dans le quotidien d’une femme de la petite bourgeoisie.

La hollande est un pays où il y a alors le plus de personnes sachant lire jusque dans la paysannerie, et dans la domesticité. Dans les cours, dans les plus humbles demeures, on lisait des livres dans la famille à haute voix, dans le but de s’instruire.

Les veillées, rassemble famille et amis, où tout en s’occupant a de menus travaux, (filer, broder..)On écoute une lecture. Ces réunions officieuses sont monnaie courante au XVIIème siècle. Un lecteur propose un texte, que l’audience se sent lire d’interrompre et de commenter. Mais la lecture à haute voix n’est pas une lecture privée, les choix des textes doit être socialement acceptable.

Edouard Manet (1832-1883) peintre décrier de son temps, et apprécier des jeunes impressionnistes, nous plonge ici dans une atmosphère vaporeuse, où dans un tour de force il peint le blanc de la robe, des étoffes du sofa et des rideaux, aux milieux du quel émerge le visage de son épouse Suzanne, derrière celle-ci dans un carrée noir se détache la silhouette de son fils qui lui fait la lecture.

Dans ce portrait de Madame de Pompadour, maitresse de Louis XV, par F. Boucher (1703-1770) ne laisse rien au hasard, chaque objet a sa raison d’être, instillant une atmosphère de luxe (robe, fleurs, rideaux, mais aussi l’importance de l’esprit, par la présence de nombreux livres, et de matériel d’écriture. Mettant en avant à la fois sa beauté et son intelligence.

La lecture publique, ou a un groupe d’amis, reste depuis l’antiquité, le moyen par le quel l’auteur, essaye de conquérir son public, mais est aussi un moyen » d’ajuster » son texte. Il faut d’ailleurs noter que le XIXème siècle fut l’âge d’or des lectures d’auteurs. Un des écrivains les plus célèbres pour cet exercice était Charles Dickens, qui mettait ainsi à profit ses talents de comédien. Il réalisait ainsi de grandes tournées de lecture dans des entrepôts des salles de réunions de bibliothèques, des halls, des hôtels….et il pouvait retravailler des passages, par rapport aux réactions de son auditoire et des effets produits.

JH Fragonard (1732-1806) élève de Chardin, puis de Boucher, il fut très célèbre en sont temps. Le visage de la jeune fille toute absorbée par sa lecture se détache sur un fond sombre, formant ainsi un fort contraste avec le livre et le col de celle-ci. On remarque aussi les effets de modelé, et la lumière sur la peau.

Deux groupes, vont alors révolutionner l’histoire de la lecture, les jeunes intellectuels et les femmes aisées , disposant chacun et de l’éducation, et du temps nécessaire (sans oublier l’argent, l’éclairage étant couteux !), ces dernières formant des cercles d’intellectuels, ce que l’on appellera des salons.

Représenter une personne en train de lire devient courant, ce genre permettant à la fois de faire un portrait mais aussi de montrer un moment d’intimité, qui permettrait entrevoir l’âme.

Mais la grande révolution de la lecture se fait au XIXème avec une alphabétisation qui touche toutes les couches de la population, engendra une véritable « fureur de lire », et lorsque l’on voit des femmes se promener un livre dans la poche, les moraliste s’inquiètent, et tentent de canaliser cette passion vers la vertu et l’éducation, déplorant la manie de lire des romans, « lectures nuisibles à la société »symptôme du déclin des mœurs, et de l’ordre sociale. Ce vice aristocratique étant opposé aux vertus bourgeoises. La lecture féminine est condamné comme excitant l’imagination, ce qui conduira les hommes, alors chefs de famille à vouloir réglementer ces lectures. Souvenons nous du procès fait à Flaubert pour son Roman » Madame Bovary », où l’héroïne est entrainée par ses lectures romanesque sur la voie de l’adultère.

V. Van Gogh (1953_1890) cette arlésienne, les yeux dans le vague, tenant en main son ouvrage, se détache sur un fond jaune, faisant ressortir le noir de sa chevelure et son vêtement. On remarque aussi la touche verveuse caractéristique de l’artiste.

La lecture féminine se fera donc en cachette, pendant les court laps de temps que laissent les tâches de la vie quotidienne. Allant jusqu'à lire au lit, ultime refuge, lieu le plus intime, devenant un motif iconographique. Les Livres de chevalerie et les romans d’amour exaltent l’esprit de ces jeunes filles.

Anton Ebert (1845-1896)peintre très prisé de son vivant par un publique bourgeois, il réalise des scènes de genre montrant une idéalisation de la vie de famille, replaçant la femme au chœur du foyer, protectrice naturelle des jeunes enfants, mais aussi garante de leur éducation, ici la mère feuillette avec ses enfants un magazine de géographie, ouverture sur le monde.

« Je pris l’habitude de les lire, et cette faute mineur, refroidit mon désir et ma volonté d’accomplir mes autres tâches. Et je n’hésitais pas à passer plusieurs heures par jour et par nuit en ce vain exercice, en cachette de mon père. Mon ravissement était si grand que si je n’avais pas un nouveau livre à lire il me semblait impossible d’être heureuse. »

Ste Thérèse de jésus « livre de ma vie ».

Les femmes étant ainsi exclue d’une certaine littérature masculine, elles ont trouvé une solution tout a fait originale, c’est de produire leur propre littérature, du Japon médiéval avec les « dit de Genji », à l’Angleterre victorienne, on retrouve une situation identique, puisque les femmes sont interdites d’une grande partie de la production littéraire, elles produiront leur propres œuvres ! (Jane Austen, sœur Brontë, Élisabeth Gaskell…)A moins de se travestir en homme, comme George Sand (Aurore Dupin )moyen aussi pour les femmes de le haute société qui sont exclues des tâches ménagère, du travail, et toute occupation « subalterne » pour remplir le vide de leurs existence.

Jessie Marion King (1875-1949) artiste écossaise, fortement influencée par le mouvement art and craft, elle illustrera de nombreux livre. Ici, il faut remarquer à la fois, la fragilité de la jeune fille plongée dans sa lecture, que sa force qui est insufflée par la robe qui gonflée de vent prend tout l’espace.

A la fin du XIXème siècle, puis au XXème siècle, les jeunes filles, et les femmes vont pouvoir petit à petit s’affranchir des dictats sociaux qui régissaient leurs lectures, pour pouvoir faire de réels choix littéraires.

Henri Matisse 1869-1954 Matisse réalisera de nombreux portrait de sa fille Marguerite, il cherche dans son œuvre à exprimer son émotion, par le moyen des couleurs et du dessin, on remarquera ici les jeux de contraste entre le noir de la chevelure et le blanc du col, et le rouge de la robe et les verts du fond. Ce tableau fait partie de sa période fauve, où la couleur placée en morceaux construit la toile.

Conquérir un monde imaginaire, éprouver les émotions et les sentiments des personnages, se retirer des tracas quotidiens pour pénétrer un autre monde

Suzanne Valadon 1865-1938 peintre et modèle (de Toulouse Lautrec, Renoir…) Suzanne Valadon fut remarquée par Degas pour la nervosité de son trait, et sa manière de placer les couleurs, elle fit de nombreux nus, femmes dans leur intimité, au lit, à la toilette, femme libre, elle peint ses modèles avec cette même liberté.

Voilà le plus souvent ce que nous recherchons dans nos lectures. Pour le peintre, regarder la femme en train de lire, est un moment privilégié, comme si cela lui permettait de voir le plus intime : les mouvements du cœur.

Avant de clore cette petite histoire de la lecture, je souhaiterais juste rappeler que la lecture et les livres sont le symbole de la liberté de pensée, depuis des siècles, le premiers acte des dictateurs quel qu’ils soient est de brûler des livres.

Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.
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Une petite histoire de la lecture au féminin, illustrée  dans la peinture.

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