Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Art-Histoire-Littérature

Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.

29 Janvier 2015 , Rédigé par Anne-Maya Guérin

Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.
Auguste Herbin -L’alphabet plastique : une abstraction spirituelle.

C’est pendant la deuxième guerre mondiale alors qu'Auguste Herbin est très isolé suite à la dissolution du groupe abstraction–création, et à la fuite de nombre de ses amis, qu’il élabore son livre manifeste : « L ‘art non figuratif non objectif ».

Ce livre est tout à la fois un traité de peinture, et un livre mystique. Le vocabulaire employé par Herbin, a souvent rapport à la foi, à la création, à la spiritualité.

Dans cette dernière partie de l’œuvre de Herbin c’est le verbe, le mot qui va être le point de départ de l’image, tel le verbe divin, créateur de toute chose. Très inspiré par la théosophie, où l’artiste est le pendant du créateur, « un des ouvrier de ce grand atelier de la création », Herbin prend ici pleinement sa place.

Cette dernière partie de l’œuvre de Herbin semble être basé sur un paradoxe, en effet, elle se veut universelle et pourtant elle est hermétique, elle est « décorative » plaisante à l ‘œil, et pourtant complexe.

« Comme la musique, la peinture a son propre alphabet qui servira de base à toutes les combinaisons de couleurs et de formes » Auguste Herbin « L’art non figuratif non objectif », 1949.

C’est dans cette œuvre que Herbin va dévoilé et mettre en place le système qui sera le sien pour réaliser un tableau à partir de ce moment jusqu'à la fin de sa vie.

Cet « alphabet plastique », met en place une stricte correspondance entre chaque lettre de l’alphabet, une couleur, une ou plusieurs formes géométriques, et des sonorités musicales.

Les sources d’inspiration :

Dès la fin du XIXème siècle, on voit plusieurs recherches qui mettent en place des théories faisant des liens entre art visuel et langage.

  • Comme Jules Bourgoin théoricien qui invente un « alphabet graphique » en les formes sont écrites comme les mots par association d’un nombre limité d’éléments graphiques. Ce travail avait pour but de renouveler le vocabulaire ornemental en usage dans les arts décoratifs et le textile en particulier. Rappelons l’importance du passée textile de la ville du Cateau où Herbin grandit, et ses parents tisseurs, ouvriers de l’industrie textile locale. ainsi que sa formation au dessin industriel et dessin d’ornement qu’il suit à l’école municipale de dessin pendant son enfance.

Ces recherches sont proches de celles que mèneront plus tard, Johannes Itten, Paul Klee, ou encore Wassily Kandinsky, théorisant la naissance des formes à partir point, de la ligne et du plan.

Herbin n’est pas le seul a avoir associer lettres et couleurs, nous connaissons tous le sonnet « Voyelles » de Rimbaud. On peut aussi évoqué l’intérêt croissant à la fin du XIXème début XX pour la synesthésie, faculté qui permet a certaines personnes d’avoir certains sens activés par d’autres, la musique faisant apparaître des couleurs, ainsi que des sensations tactiles, ou olfactives, ou encore une forme géométrique appelant nécessairement certaine coloration. Comme si une sorte de sixième sens permettait une

Association de tous les sens en un moment. Ces docteurs, ophtalmologues, ou encore psychiatres, vont tout particulièrement s’intéresser à ses sujets qui ont une perception synesthésique.

Ces correspondance ne ce sont pas faites au hasard, elle sont bien sur le résultat de la longue réflexion qu’il mène depuis longtemps sur la nature physique et spirituelle de la couleur, cette réflexion a été sous tendue par la pensée de Goethe, et les enseignements de la « science spirituelle », filiale française de l’anthroposophie de Rudolph Steiner.

Basé sur la théorie des forces éthériques, qui se manifeste de façon chromato–géométrique. Herbin réalise alors un tableau de correspondances :

A

E

I

O

U

Y

Rouge

Orange

Jaune

Vert

Bleu

Indigo

Violet

Do

Mi

Fa

Sol

La

Si

Les formes circulaires s’associent au rouge et bleu, les triangles au jaune, les rectangles au violet.

En insérant les consonnes entre les voyelles, on obtient le couleurs inermédiaires.et on provoques des combinaisons de sonorités multiples.

Le plus souvent chaque lettre est associée à une couleur, deux formes et deux notes.

En s’inspirant de la « théorie des forces éthériques », Herbin recherche un langage nouveau, moyen d’atteindre « l’essence des chose ». On peut voir dans le développement de ces théories des références à Platon, dans cette quête d’attendre le « vrai » des choses.

Herbin créé ainsi une nouvelle langue, afin de révéler la nature de la création. Le tableau est a lors une unité, lieu de la révélation.

Comment Herbin travail –t-il ?

De nombreux dessins préparatoires permettent de mieux comprendre comment Herbin travail avec son alphabet plastique ; quand on observe ses dessins préparatoires on peut mieux comprendre les différentes étapes qui l’amènent à la composition définitive. Ses carnet montrent un travail qui suis toujours les même étapes : en haut de sa feuille il y inscrit le mot en lettres capitales et sépare chaque lettre d’une ligne verticale, dessinant ainsi un tableau. En dessous de chaque lettre dans une case distincte il note les couleurs et formes qui sont associée à chaque lettre, puis dans une autre case en dessous il dessine les formes géométriques, qui serait la transposition optique du mot suivant le sens de lecture habituel . Puis en dessous un premier travail de composition au crayon où les couleurs sont annotées sur chaque forme au crayon.

La prononciation du mot peut avoir une importance quand à la composition, la musicalité du mot est ainsi transcrite, dans l’espace du tableau. Ainsi les syllabes accentuées seront plus visibles par la taille des formes, mais aussi par leur place dans la composition plus centrale. Mais il y a bien sur en plus une dimension très subjective dans la conception des compositions, le peintre lui même va parfois proposer plusieurs versions d’un même mot. Herbin va ainsi créer une langue optique,

Le tableau –mot, montre ainsi par le biais de ce nouveau langage optique, non pas la chose mais l’essence de la chose, « en renonçant à l’objet nous avons retrouver la parole et l’action créatrice » (Herbin « art non figuratif non objectif »)

Les mots

Si on observe la liste des mots qui seront les points de départ de ses tableaux, on constate que la présence de champs lexicaux évoquant la nature, la mythologie, l’astrologie, les jours de la semaine, les météores, les saisons, les fêtes religieuses, voir même le « père noël », les couleurs, les notes de musiques, mais aussi la politique. Et de plus en plus de verbes,

On remarque aussi des binômes : oui-non, sage-fou, air-feu, jour-nuit, 169 tableaux seront réalisée à partir de l’alphabet plastique. Herbin ne fait jamais de phrases, mais reste au mot, dans sa vérité, sa simplicité, mais aussi ses ambiguïtés.

  • « Air et Feu » : 1944 ce tableau réalisée en pleine conception de l’alphabet, A= rose I =orangé R=bleu clair & F=orangé rouge E=rouge U=bleu on retrouve déjà les couleurs associées aux lettres tels qu’elle seront définie dans son livre, ces deux éléments sont ici « signifiés » dans une composition très équilibrés, et très rythmée, un damiers de couleurs sert de fond, permettant de faire ressortir par contraste les formes disposées , dans un subtil jeu de superpositions, faisant se reliés visuellement les différents espaces du tableau ainsi que formé une unité visuelle. La grande difficulté du système ainsi établit par Herbin est celle de parvenir à cette unité.
  • « SI » et « Ré » 1946, ces deux œuvres de plus petit format sont une affirmation plastique de la correspondance musicale voulue par Herbin, plus que simples indications (comme une partition) , les tableaux de Herbin chantent.

Nous savons que Herbin avait lu les œuvres de Jean Marie Guyeau (qu’il cite dans « l’art non figuratif non objectif ») Dans « Problèmes d’esthétique contemporaine », Guyeau évoque Helmholtz qui avait mit en place une correspondance entre lettre et musique, « chaque voyelle représente ainsi pour l’oreille ce qu’est pour la vue une couleur du prisme ».

Dès le XIX siècle on voit des personnalité s’intéresser a des alphabets musicaux, qui serait comme une recherche qui conduirait à la langue primitive, à l’origine de toutes les langues parlées : « langue des oiseaux » ou « langage des anges » qui était nécessairement musical. Des recherches seront menées par des compositeurs tel que Scriabine ou Messiaen, recherches contemporaines a celles de Herbin.

Des langages utopistes et recherchant une universalité sont ainsi crées, le Solrésol de Jean François Sudre, langue parlé-chanté, écrite mais aussi gestuelle, À la quelle est adjoint un code chromatique, pour communiquer a distance.

La génération d’auguste Herbin est marquée par la recherche d’un langage universelle qui permettrait de rapprocher tous les hommes. Et c’est pourquoi il fait « chanter ses tableaux »

  • « Soleil » 1947, comment on pourra le constaté a plusieurs reprises Herbin sera amener a réaliser plusieurs versions d’un même mot. Les deux versions sont réalisées avec les mêmes contraintes, on peut cependant constater que le jeu sur la variation des tailles des formes et leur placement dans l’espace, ainsi que les couleurs choisies pour le fond ne vont pas donner la même énergie à ses compositions.
  • « Pape » 1948, Herbin dans son lexique utilisera volontiers des mots évoquant le christianisme, que ce soit avec des figures, tel que Pape, ou Christ, ou des fêtes religieuses tel que Pâques, ou Noël. La composition du mot Pape est très construite, très équilibrée, voir empreint d’une certaine solennité, due à la position des triangles, mais aussi au choix d’un fond sombre. Les ronds rouges qui ponctuent l’espace forment un chemin ascendant déjà renforcé par la verticalité de l’ensemble de la composition. Les deux triangles vert de la lettre P, sont placés au centre de la composition, en effet lorsqu’ on prononce le mot l’allitération du p renforce sa présence sonore qui est ici signifié par la place central qu’il occupe dans le tableau. ;
  • « Cheval » 1948 : le choix d’un nom d’animal est assez rare dans le lexique d’Herbin, seul autre exemple : Oiseau. Il faut tout de suite remarquer le format, un format paysage rappelant « air et feu ». ainsi que la couleur du fond un camaïeu de verts qui vient en contraste avec le rose. C=rouge foncé, H=orangé jaune, E=rouge, V=Noir, A=rose, L=Jaune citron. Dan sa composition Herbin met en valeur les triangle jaune, et les formes noires qui se recentre sur un « noyau » rouge, ce serait donc le son « evaL » qui serait mit en valeur. La composition est a foi très statique par la position des tringles sur le base, en même temps contient un potentiel dynamique avec les lignes noir qui ne sont pas sans rappeler les lignes « circulaires » des années trente. Ici on peut voir que des formes rose =A sont à la fois fond et forme, il en est de même pour les formes noires=V. Ceci est le résultat d’une recherche afin mieux « unir » fond et forme, et donner une meilleur unité au tableau.
  • « Jeudi » et « vendredi » :1950-51. Dans une perspective anthroposophique, le choix des jours de la semaine n’est pas anodin, les jours de la semaine sont des marqueurs du temps cyclique, comme la semaine, puis les mois, et les saisons. De plus le nom de ces jours de la semaine fait à la fois référence à un dieu romain, et par la même à une planète de notre système solaire. Jeudi= Jupiter, Vendredi = Vénus. Cette inscription dans le temps cyclique et la révolution des planètes est un exemple de l’attention que porte les anthroposophes aux mouvements qui caractérisent la nature et le cosmos.

Jeudi : J=jaune foncé, E=rouge, U=bleu, D=rouge clair, I=orangé. Ici Herbin met en valeur la déclinaison de rouges orangés que lui permettent les couleurs du mot jeudi, c’est une composition très ordonnée, très statique et ascensionnelle, les formes se détachant simplement sur un fond blanc donne un sentiment de simplicité et de composition épurée.

Vendredi : V=noir, E = rouge, N= blanc, D=rouge clair, R=bleu clair, E=rouge, D=rouge clair, I = orangé.

Ici la composition se développe sur un format en longueur, l’espace du tableau est séparé en trois zone colorées distinctes, la partie inférieure en jaune orangé (I) la partie supérieure droite en noir sur blanc (V) et la partie supérieure gauche en blanc sur noir = N . La gamme de rouges (E, D) forment par le placement dans la composition une pyramide centrale qui relie visuellement les différents espaces, ainsi que les deux demi rond bleu et noir placé au centre inférieur de la composition. Cette composition montre un vrai jeu sur les rapports fond /formes que permettent les jeux de blancs et noirs, et ici une des lettre le I devient une couleur de fond.

  • « Tempête » 1953. Les météores seront souvent convoqué dans le lexique d’Herbin, Pluie, Orage… la convocation des météores est comme pour les jours de la semaine , un registre inspiré par l’anthroposophie, la nature dans ses manifestations météorologique est ici convoquée. T=Bleu foncé /violet, E= rouge, M= jaune de Baryte-triangle, P=vert clair, E=rouge T= Bleu foncé »/violet, E= rouge-rond. La composition met en avant le violet= T et le rouge E, deux sonorité importantes du mot. La composition axé sur une diagonale ascendant est très dynamique, (cf. Charles Blanc), les couleurs se détachent sur un fond noir, ce qui rend les couleurs plus agressives, de plus Herbin met un place un grand désordre, le formes sont comme brisées, amoncelées déplacées, manière subjective de rendre le chaos de la tempête. On peut remarquer qu’Herbin prend certaines libertés avec son alphabet les formes violettes, qui correspondent à la lettre t devrait être des demis ronds ou des triangles, ici il joue sur les formes brisées pour accentuer le sentiment de violence qui se dégage de la composition.
  • « fou » 1954. Souvent Herbin met en place des oppositions , des binômes, Oui-Non, Sage–Fou… nous ne savons pas si ces tableaux étaient conçu pour être présentés en polyptiques, ou bien séparés. F=orangé rouge, O=vert clair, U= bleu clair. Ici encore une fois Herbin joue sur la composition (subjective) pour traduire plastiquement le mot. La composition très dynamique, montre aussi un certain désordre, les triangles dans leur majorité pointent vers le haut, sans pour autant être d’aplomb sur leur bases, les triangles verts s’opposent. Les demi ronds bleus sont en équilibre instable, l’ensemble de la composition est dans une grande instabilité. Les formes se détachent sur u fond noir, mais dans la partie supérieur gauche Herbin utilise le bleu (U) comme fond sur le quel se détache un rond orange, sa couleur complémentaire, ce point est seul point du tableau qui dégage une certaine stabilité. Ici encore une fois Herbin joue sur des effets de confusion fond formes pour donner une plus grande unité a son tableau. Il prend a nouveau des libertés avec son alphabet, ajoutant des formes blanches en lignes brisées qui renforce le contraste avec le noir du fond, et qui ajoute au désordre et à l’instabilité de l’ensemble de la composition.
  • « Parfum II »1954, P=vert clair, A=rouge, R=bleu clair, F=Orange rouge, U=Bleu, M=Jaune de Baryte. La composition met en place un rythme saccadé de grands triangles très effilés bien campés sur leur base. La couleur qui est mise en avant et jaune (grand triangle central=M), les autre couleurs sont réparties de manière équilibrées dans l’ensemble de la composition. La grand demi cercle bleu placé à la base est le « support » des triangles et demi rond qui s’élèvent. Ici encore Herbin joue sur un fond « damier » a plusieurs couleurs, et jouant des effet de couleurs complémentaires rose sur vert. le fin triangle orange pointe vers le bas et sont contre point en cercle, sont les deux éléments qui vient donner une pointe de déséquilibre a l’ensemble de composition la rendant ainsi Moins statique.

« J’ai trouver un alphabet, et pas seulement mon alphabet. Cet alphabet utilisé selon les facultés de chacun assure la diversité des expressions. Ce que je réalise avec l’alphabet plastique, et grâce à lui c’est mon propre langage plastique. Il n’est pas question que chacun crée un alphabet qui doit être au contraire aussi universel que possible. » Herbin lettre à Camille Claus 1950.

Herbin est à la recherche d’un langage universel qui permettrait d’accomplir ses idéaux. Herbin est pacifiste, internationaliste, et c’est l’établissement de la fraternité universelle qu’il espère. Ce désir n’est que plus ardent au lendemain de la deuxième guerre mondiale.

En 1960, Vasarely publiera son propre alphabet plastique,

Auguste Herbin, est un des artistes phare de la première génération de l’abstraction géométrique, les différentes étapes de sa carrière sont caractéristiques, et se retrouvent dans l’oeuvres des grands peintres abstraits tel que, Mondrian, Kandinsky, Malevitch. Ce qui l’unie a cette triade est aussi le dimension spirituelle, de sa recherche, qui n’est pas qu’une recherche formalistes, comme celle que développeront la grande majorité des peintres abstrait de la deuxième génération, mais qui est une peinture qui revendique sa volonté de représenter les forces cosmiques et vitales, une peinture, qui ce veut pacifiste et universelle, une peinture qui tend élevé l’âme.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article