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Art-Histoire-Littérature

La dame à la licorne, histoire d'une tenture médiévale.

22 Janvier 2015 , Rédigé par Anne-Maya Guérin

La dame à la licorne, histoire d'une tenture médiévale.
La dame à la licorne, histoire d'une tenture médiévale.
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La dame à la licorne, histoire d'une tenture médiévale.

Description de Rainer Maria Rilke les cahiers de Malte Laurids Brigge

« (…) il y a six tapisseries ; viens passons lentement devant elles ;Mais d’abords fais un pas en arrière et regarde les, toutes à la fois. Comme elles sont tranquilles n’est ce pas ? Il y a peu de variété en elles. Voici toujours cette île bleu ovale flottant sur le fond discrètement rouge, qui est fleuri et habité par de petites bêtes toutes occupées d’elles mêmes. Là seulement , dans le premier tapis l’île monte un peu, comme si elle était devenue plus légère Elle porte toujours une forme , une femme, en vêtements différents, mais toujours la même. Parfois il y a à coté d’elle une figure plus petite, une suivante, et il y a toujours des animaux héraldiques : grands, qui sont sur l’ile, qui font partie de l’action. A gauche un lion et à droite , en clair, la licorne ; ils portent les même bannières qui montent haut au dessus d’eux : de gueules à bande d’azur aux trois lunes d’argent. »

  1. description :

Il s’agit d’une « tenture » composée de 6 pièces de tapisserie. Les six ont des compositions assez similaires. La composition des pièces est épurée, aux rythmes verticaux marqués par les silhouettes, les arbres et les étendards. Sur un fond rouge, orné de « mille fleurs », et de petits animaux, se détache une « terrasse » bleue où se place une longue silhouette : la Dame. Elle est systématiquement entourée d’un lion et d’une licorne portant les même armoiries sur chaque pièces. Parfois accompagnée d’une demoiselle. Les figures ont des costumes et des coiffures très sophistiquées, faisant d’elle des figures de légende.

C’est autour de 1920, que A.F. Kendrick propose une interprétation autour du thème des cinq sens. Le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe, La vue, la sixième est appelée Mon seul désir.

R M Rilke, décrit les tapisseries dans l’ordre suivant : Le Goût, L’Odorat, L’Ouïe, Mon seul désir, le Toucher, la Vue.Au moyen âge les cinq sens sont hiérarchisés dans un ordre différent : Le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe, La vue, Mon seul désir. Cette hiérarchie va du sens le plus matériel au plus spirituel.

, Le Toucher :

Ici, la dame tient la bannière armoriée, le lion et la licorne portent en bandoulière un bouclier au contour chantourné. Ici la composition est particulièrement sobre, la Dame, debout légèrement de trois quart, écarte légèrement les bras, sa main droite tient la bannière,quand à la gauche elle semble caresser du bout des doigts la corne de la licorne, qui lève les yeux vers la dame.Ici le lion est différent des autres tapisseries, les traits sont plus grossiers, et les oreilles pointues, la crinière moins bien dessinée, les yeux exorbités.

La dame est encadrée de deux bouquets d’arbres de part et d’autres, où l’on peut reconnaître, l’oranger, le houx,le chêne, et le pin. Parmi les fleurs qui tapissent le fond des animaux : des oiseaux, faucon, héron, perdrix, faisant, mais aussi deux lapins. Deux singes portant des signes de captivité, colliers et rouleau de captivité pour l’un, ceinture pour l’autre. Ce qui semble être un guépard portant un collier, un autre animal tacheté, blanc portant lui aussi collier, et un petit animal tacheté, peut être une genette.

La dame est vêtue d’une robe de couleur bleue doublée d’hermine. La robe est largement ornée, brodée d’or, agrémentée de pièces d’orfèvrerie et pierres précieuses, elle porte en plus des bijoux, diadème, collier, ceinture.

Le Goût :

Cette tapisserie avec « Mon seul désir » est une des deux plus grandes. La composition s’équilibre de manière presque symétrique autour de la Dame. Les arbres et des hampes de bannières rythmes le fond de grandes verticales, ce rythme est dynamisé par les lignes arabesques formées par les corps, et les capes du lion et de la licorne, ainsi que par l’envolée de la bannière de gauche. Le lion, la dame et la licorne forme les 3 points d’une composition pyramidale. La licorne tourne sa tête de face, et semble nous regarder.

Au centre la Dame accompagnée de la demoiselle, tient sur sa main gauche gantée un petit perroquet qui grignote une friandise qu’il vient d’attraper. De sa main droite la dame attrape une autre friandise dans une large coupe que lui tend la demoiselle, un genou ployé. Derrière elles une clôture basse en arc de cercle, couverte de roses, semble enclore la scène.

Les vêtement et parures de la dame et la demoiselle sont d’une grande sophistication. La dame est habillée d’une robe or, aux larges dessins floraux, la demoiselle de bleu et de rouge. Des crevés attachés par des lacets, broderies, et pierreries ornent les tenues de la dame et de la demoiselle. Ceintures orfévrées, colliers et diadèmes ornés de fleurs parent les deux femmes, dont une ceinture ornée de grenades pour la dame. De plus la dame a un voile tenu par son diadème qui comme les capes du lion et de la licorne s’envole. Sur la traine de la dame à ses pieds un petit chien, portant un collier à grelots regarde sa maitresse. Devant la dame sur la terrasse un petit singe assis déguste à son tour une friandise, une levrette le regarde. Des petits lapins gambadent sur la terrasse.

Le fond rouge parsemé de mille fleurs, est peuplé d’animaux, oiseaux, pie, faucon, un singe, un renard, une genette, un agneau ainsi que d’autres lapins. Un animal blanc à barbiche assis semble être une jeune licorne dont la corne n’aurait pas encore poussée. Les arbres présentent les quatre mêmes essences.

L’Odorat :

Sa composition se rapproche de celle du Goût, mais dans un espace plus étroit, a nouveau hampes des bannières et arbres rythmes le fond de leurs grandes verticales, les arbres montrent toujours les quatre même essences, houx, chêne, oranger, pin.. au centre la dame et la demoiselle sont encadrées du lion et de la licorne dressés sur leur pattes arrières, et portant en bandoulière pour l’un un écu, et l’autre une targe (blason chantourné)la licorne lève les yeux sur la dame .

La dame au centre de la composition, tête baissée, tient une couronne d’œillet qu’elle est en train de confectionner, à sa droite la demoiselle lui tend un plateau où sont disposés des œillets. La dame et la demoiselle sont habillées de robes bleues, aux pans relevés laissant voir la cotte de dessous, d’or aux larges ramures pour la dame, rouge pour la demoiselle. Les deux femmes portent de riches parures, ceintures, colliers, fermail, d’or et de pierres précieuses. La dame porte un voile brodé de perles qui cache ses cheveux, la demoiselle porte les cheveux relevés attachés de rubans bleus, un large bandeau lui ceint le front et retombe sur ses épaules.

Derrière la dame à sa gauche, un banc de bois où est posé un panier rempli de roses, un petit singe juché sur le panier tient une rose dont il hume le parfum. Devant la dame sur la terrasse, un petit agneau.

Le fond rouge aux mille fleurs et a nouveau habité de divers animaux, pie, héron, levrette, lapins , un renard et un jeune félin (un lionceau).

L’Ouïe :

Ici la composition se resserre dans un espace encore plus étroit, les bannières sont placées devant les arbres et les cachent en partie. Le lion et la licorne de part et d’autre de la dame et la demoiselle tiennent les hampes des bannières. Le lion assis dos tourné à la dame , retourne sa tête, la licorne couchée vers la droite le corps en partie caché tourne également sa tête vers la dame et la demoiselle, et les regarde .

Celles ci sont de part d’autre d’une table, couverte d’un tapis aux motifs décoratifs de types orientaux, où est posé un orgue portatif (que l’on appel un « positif ») dessiné en perspective. Les deux montants du positif sont ornés de pierreries et à leur sommet sont sculpté un lion et une licorne.

La dame porte une robe bleu, pardessus la quelle se trouve un surcot or, richement brodé et orné de perles et pierreries. La dame porte un diadème, sur le front à la naissance des cheveux, un large bandeau brodé de roses tombe sur ses épaules, ses cheveux ramenés de part d’autre attachés d’un ruban bleu, sont ramenés sur le dessus de sa tête en toupet. Elle porte toujours colliers et bracelets.

La demoiselle porte également un diadème, elle a les cheveux dissimulés par un voile transparent.

La dame joue du positif, pendant que la demoiselle actionne les soufflets.

Sur la terrasse fleurie, se retrouvent les animaux, lapins, renard, levrette, lionceau. Le fond aux mille fleurs, et aussi parsemé d’animaux, agneau, faucon, renard, lapins, et un oiseau a bec de canard aux longues pattes non palmées.

La Vue

La composition reprend celle des panneaux précèdent, avec des modifications notoires, pour la première fois la dame n’est pas debout, mais assise. Seul deux bouquets d’arbres sont présent, le houx et le chêne. Le groupe forme ainsi une composition pyramidale. Au centre de la terrasse.

La dame donc assise au centre de la terrasse bleu, et toujours encadrées du lion et de la licorne. Seul le lion tient la bannière assis de profil vers le dame il tourne sa tête de face . Quand à la licorne elle a pose ses pattes avant sur les genoux de la dame, qui quand a elle à sa main gauche légèrement posée sur l’encolure de la licorne qui regarde la dame. Celle ci tient dans sa main droite un petit miroir, magnifiquement orfévré, dans le quel on voit se refléter l’image de la licorne. Quand à la dame elle baisse les yeux vers la licorne.

La dame porte une coiffure a toupet proche de celle visible dans l’ Ouïe, mais cette fois les rubans sont ornés de perles, les deux bandeaux de cheveux relevé passe sur un voile bleu, le toupet est torsadé. Sa robe or aux larges motifs floraux brodés, est relevée sur ses genoux laissant voir la cote blanches aux motifs géométriques. Elle porte toujours collier et ceinture orfévrée.

Sur la terrasse, dans la partie droite, une levrette couchée et un lapin de font face, des lapins et une genette sont également présent. Le fond fleurit et peuplé de lapins, levrette, renard, un lionceau fait face a un lapin, rappelant le face à face de la terrasse, et bien sur de la licorne et du miroir.

A mon seul désir

Cette tapisserie est le pendant du « Goût », tout en s’en distinguant par la présence, unique dans l’ensemble de la tenture d’un pavillon, où se lit l’inscription « a mon seul désir ».

La composition, reprend celle qui rythme l’ensembles des tapisseries : terrasse centrale, d’où s’élèvent les arbres, on distingue a nouveau les quatre essences. La dame au centre entourée du lion et de la licorne qui tiennent les bannières, et regardent la dame. Ici ils relèvent également les pans du pavillon.

Ce dernier est bleu orné de flammèches d’or.

Cette composition reprend le hiératisme habituel, le rythme vertical, et la composition centrale pyramidale dont la dame et le point centrale. Elle ici accompagnée de la demoiselle.

La demoiselle placée à la gauche de la dame, tient un coffret à bijoux, où la dame prend un collier, enroulé dans un voile. La dame porte une robe rouge , aux pans relevé laissant voir la cotte ornée de larges ramures, et ornées de perles et de pierreries, elle porte ceinture et bracelets de bras , mais pas de collier, est-ce le collier qu’elle prend(ou dépose ?) dans le coffret que lui tend la demoiselle.

La demoiselle porte également une robe rouge, et des bijoux, ainsi qu’une coiffure à toupet, qui rappel celle de la dame dans les tapisserie précédentes, mais simplifiée, c(est a dire, ornée d’aucun rubans ou bijou.

A droite de la dame, le banc de bois, où est posé un coussin orné, sur le quel est assis le petit chien, qui ne porte plus son collier a grelots. Le petit singe assis devant la dame ne porte pas de colliers ou de ceinture, seule la levrette placée derrière le lion porte un collier. A nouveau le fond rouge orné de mille fleurs et peuplé d’animaux : lapin, levrette, chevrette, faucon et héron .II. L’iconographie :

Bien que souvent difficile à déterminer dans les tapisseries dite « mille fleurs » , de nombreux indices permettent ici de proposer une iconographie.

Armoiries « de gueule à bande d’azur au croissants d’argent » : connues pour être les armoiries de la famille Le Viste, dont plusieurs membres vont servir de grands offices royaux, noblesse de robe, hommes de loi et de finance qui ont accédés à de hautes charges. Reconnus pour être des serviteurs zélés du roi. Nulle autre famille ne portera ces armes.

Thème d’ensemble de la tenture : Les cinq sens :

C’est donc en 1921, que A. F. Kendrick identifie les cinq premières pièces comme des représentations des cinq sens.

Cependant cette interprétation de la représentation des cinq sens pose la question de la signification de la sixième tapisserie : « à mon seul désir ». Les éléments de la composition, et l’iconographique place clairement cette sixième tapisserie dans l’ensemble, et on ne peut la dissocier des autres.

Il existe un ensemble de six pièces qui connue sous l’appellation :« les sens », dont la sixième a pour titre « liberum arbitrium ». Cette tenture, acheté en 1539 par Mencia de Mendoza provient de la collection du cardinal Franck de la Marck prince évêque de Liège de 1506 à 1538. Et qui donc contemporaine de la tenture tissées pour les Le Viste.

Jean Patrice Boudet, et Antoine Glaenzer von reprendre la recherche sur la piste de la représentation des cinq sens en reprenant la hiérarchie des sens définie depuis la moyen âge selon l’honorabilité de leurs positions : le toucher, le gout, l’odorat, l’ouïe et la vue.

Les cinq sens dans l’art médiéval sont souvent représentés sous la forme d’animaux, mais on voit leur figuration par des figures apparaître dès le XIème siècle. On connaît aussi des représentations allégoriques des cinq sens avec une figure masculine.

Mais c’est entre le XVème te le XVIème siècle que l’on voit les cinq sens représentée sous une forme féminine. Et le fait que ce soit une figure féminine, est très certainement dû à la période, en effet la tapisserie daté de la toute fin du XVème siècle, début XVIème, est un exemple de cette période de transition, du moyen âge à la renaissance. À la renaissance ont verra une multiplication des allégories, en particulier autour des sens.

Les cinq sens sont les moyens par le quel amour nous rend prisonnier, la vue, l’amour s’empare du coeur au premier regard, l’ouïe : la douceur et la musicalité de la voix attire et apaise amour, L’odorat : le doux parfum…

Carl Nordenfalk fait un rapprochement avec des gravures éditées en 1500. : « Nefs des folles » par Josse Bade, gantois installé a Lyon en 1492.

Si on suit cet ordre on place « a mon seul désir » à la fin de la série, illustrant un sixième sens, celui ci spirituel, »le libre arbitre ». Alain Erlande-Brandenburg(1978) propose de voir dans le geste de la dame, non pas un choix mais un renoncement . Ici une porté morale est données en conclusion à l’ensemble des pièces : le renoncement aux sens, par la maitrise de soi.

Jean Pierre Jourdan, et Alain Jaubert, nous rappellent comment un courant de pensée qui s’est développé à la fin du moyen âge, issus d’un commentaire de Marsile Ficin du Banquet de Platon commandé par Laurent de Médicis, et traduit en Français par Symphorien Champier dans le livre du vrai amour publié à Lyon en 1503. Marsile Ficin évoque les six moyens dont dispose l’homme pour atteindre le Beau : les cinq sens, mais aussi l’entendement. Ce sixième sens peut être dit l’intelligence. C’est une théologie de l’amour, qui eu une grande influence à la cour de France dans la morale, la pensée religieuse et l’art. cet amour doit orienté vers Dieu.

Toute une lecture des cinq sens est opérée : le toucher, le gout et l’odorat, sont de sens qui rapproche de la matière, alors que l’ouïe et la vue, rapproche de l’esprit, quand à la beauté de l’âme elle ne se connaît que par l’entendement.

Jean-Patrice Boudet, fait quand à lui référence à l’œuvre de jean Gerson (1363_1429)qui dans « la moralité du cœur et des cinq sens », évoque un sixième sens « en dedans » qui est le cœur, qui gouverne les cinq sens . Ces textes étaient diffusés à la fin du XVème siècle, et place ainsi la tenture de « la Dame à la licorne » dans cette tradition littéraire. Mais ce cœur peut à la fois être source du libre arbitre et siège de la passion.

En effet on peut aussi lire cette tenture sous le prisme de l’amour courtois, de nombreux symboles présents dans la tenture, végétaux ou animaux s’y réfèrent. Les roses et les œillets, sont fleurs présentent dans le « jardin d’amour ». En effet le « Champfleury »est le « paradis d’amour, lieu d’un éternel printemps.

Cette dimension courtoise permet aussi de donner une autre signification à la licorne, qui n’est pas simple porteuse d’armoirie, mais qui est un symbole ambivalent à la fois de chasteté et d’amour charnel.

Ce double langage à la fois issu de la morale chrétienne et inspiré de l’amour courtois, est courant à cette époque.

Cette dimension courtoise pose la question de pour qui est à quelle occasion a été réalisée cette tenture :

  • est ce pour une femme ? Cadeau de fiançailles ou de mariage?

Ces question nous ramène a l’inscription A*mon*seul*desir*I

On peut lire : - A mon seul désir*I

Ou – A* mon seul desir*I .A et I seraient alors peut être des initiales. (cette hypothèse n’a pas reçût l’aval d’autres spécialistes, et ne reste donc qu’une hypothèse).

Où est ce tout simplement une thématique « à la mode » à l’époque , dans un certain milieu.

  • Selon Marie-Elisabeth Bruel, les six tentures traditionnellement identifiées comme les cinq sens et "mon seul désir" représenteraient six des Vertus allégoriques courtoises du Roman de la Rose de Guillaume de Lorris2, soit respectivement : Oiseuse (la Vue), Richesse (le Toucher), Franchise (le Goût), Liesse (l'Ouïe), Beauté (l'Odorat), Largesse (A mon seul désir).

La dame : ni ses traits, idéalisés, ni ses parures, luxueuses ne permettent une identification. Plusieurs hypothèses ont été cependant émises : Marguerite d’York, Marie Stuart, la vierge Marie, où encore un personnage littéraire issus d’un roman d’amour, toutes ces hypothèse ne repose sur aucun argument historique. Aujourd’hui c’est l’interprétation de Kendrick, relayées par les recherchent de Carl Nordenfalk (1975-1985), qui restent la plus probable.

Les vêtements de la Dame et de la demoiselle, sont caractéristiques de la fin du XVème siècle, longues robes, serrées à la taille, et moulant le buste. De larges encolures le plus souvent rectangulaires, des robes où un surcot, recouvre une première robe, ou cotte, qui peut être visible, quand la robe est remontées. Diapo 41La cotte a le plus souvent des manches étroites , alors que la robe a des manches qui s’élargissent, ces dernières peuvent aussi être remontées et attachées par des broche, des rubans ou des lacets. Certains détails de coiffure montre une influence de la mode de l’Italie du nord.

Il faut noter avec quel soin sont représentées les vêtements dans tous leurs détails, étoffes, couleurs, motifs. On remarques parmi les étoffes, une portant un motif « à la grenade », caractéristiques des soieries italiennes à la mode à la fin du XVème siècle.

Les coiffures sont également décrites avec un luxe de détails, coiffes, voiles, bandeaux, nattes relevées, coiffures au toupet…. Les bijoux sont très présents, et représenter avec beaucoup de soin. Ceintures ornées à long pendant, agrafes et broches ornées de perles et pierres précieuses, bracelets, et colliers, aux motifs et formes diverses, chaines, torsades, ou rangs de fleurs.

Flore et bestiaire

La tenture est remarquable par la grande diversité de la flore et de la faune représentées, ils sont à la fois motif décoratif, quand placé dans le fond, et acteurs de la composition, lorsqu’ils sont placés sur la terrasse.

Les rares exemples connus de peintures murales conservées de la même époque montrent des scènes placées sur un fond de semis de fleurs, que l’on retrouve également dans les enluminures, diapo 45 ainsi que dans d’autres tapisseries. Ce qui nous amène a pensée qu’un effet de mode a permis le développement de ce type de décors dit « mille fleurs ». cet effet de mode semble attesté par les recherches de Geneviève Souchal.

Les fleurs représentées dans la tenture le sont avec tellement de détails que l’on peut en déterminer une quarantaine d’espèces différentes. Ces espèces de fleurs, recensées constituent la flore habituelle du moyen âge. On y retrouve aussi bien des fleurs sauvages communes, tel que la pâquerette, la pervenche, la jacinthe, la violette, le muguet ou la pensées sauvage, que des fleurs cultivées, jasmin, œillet, rose. La plus part de ses fleurs qui fleurissent entre le moi de mai et le moi de juin évoquent le printemps. Saison des fêtes de Mai . et ainsi ce printemps éternel du « jardin d’amour »

Cette végétation fleurit est ainsi souvent présente dans les textes d’amours courtois.

Comme dans la plus part des fonds « mille fleur » retrouvés dans les manuscrits ou tapisseries, ceux ci sont peuplé d’un bestiaire varié.

On y trouve quelques animaux domestiques commun, tel que l’agneau ou la chèvre, sinon la plus part des autres animaux sont lié à la chasse, activité principal de l’aristocratie au moyen âge chien, lapin, renard, perdrix, faucon, héron. On peu de plus voir des animaux exotiques, singes, perruche, lionceaux, genette, panthère et guépard qui pour certain portent des colliers , et rappelles les animaux exotiques que pouvaient posséder les princes dans leurs ménageries.

De plus dans deux tapisseries la dame est accompagnée d’un chien de compagnie, un petit bichon maltais. Ces petits chiens de compagnies sont assez rarement représentés, on peut cependant en voir un exemple dans les époux Arnolfini. Si le chien est en général un symbole de la fidélité, les petits chiens de compagnie sont de plus associés à l’évocation du foyer conjugal.

Cette flore et cette faune, ne sont pas qu’un élément de décor, en effet dans certaines scènes elles participent activement, et permettent une lecture symbolique de la scène. Par exemple le petit singe humant la rose dans l’Odorat.

Ces animaux très présents dans l’imagerie médiévale ont tous une symboliques, cependant il faut se méfier des conclusions hâtives car on se rend rapidement compte que cette symbolique et souvent ambivalente, et un animal peut aussi bien représenter une idée négative et une idée positive à la fois. Une interprétation de l’iconographie d’une œuvre médiéval ce doit d’évoquer ces différentes couches de significations, qui était présente pour le spectateur de l’époque.

Les animaux exotiques :

Par exemple, le singe est ici très présent, le plus souvent les interprétation symboliques du singe son immorale et négatives, perçu comme représentant la part animale de l’homme, il est souvent représenté parodiant les activités humaines. Diapo 54Cependant sa représentation dans les enluminures étaient tellement courante, qu’elles portes un nom les : « babouinerie ».

De plus sa présence dans les ménageries princières dès le XIIème siècle en fait un animal de compagnies apprécié dans les milieux aristocratiques, une présence amusante. Il est souvent représenté avec une laisse, ou est attaché un boulet, ou un rouleau de domesticité. Les espèces les plus courantes étaient le capucin et le macaque rhésus.

Ici le singe est parfois placé dans le fond, est apparaît comme motif, ou peut être actif, comme dans L’Odorat, Le Goût, ou Mon seul désir , et faire une action explicité qui se réfèrent directement au thème de la tapisserie. Le singe est associé au gout, au toucher a l’odorat, ce son les sens les plus matériels, ceux qui rendent le cœur captif, en particulier le toucher, cela explique t’il le fait que les singe y soit enchainés ?

D’autres animaux exotiques sont présents, comme :

La perruche à collier : perchée sur le poing de la dame dans le Goût, on voit une perruche ou pisttacus, les perruches étaient des oiseaux d’agrément très prisés dans les riches maisons à la fin du XVème siècle . diapo 61 Importée en Europe bien plus tôt elle est admiré pour son plumage vert, et sa capacité a reproduire la voix humaine. Sa présence ici, n’est donc pas surprenant, compte tenu du gout pour les animaux exotiques des familles aristocratiques.

La panthère : la panthère est un animal fantastique dans le bestiaire médiéval, représentée avec des taches multicolore, c’est un animal qui est souvent employé pour symboliser le cinq sens. Sa présence sur la tapisserie du Toucher, considérée première de la série de six tapisseries, serait alors significatif, car elle annoncerait le thème de l’ensemble de la tenture. Sa fourrure, pour le toucher, sa bigarrure pour la vue, son rugissement pour l’ouïe, son haleine suave pour l’odorat.

Selon la tradition antique la panthère et animale qui lorsqu’il rugit attire tous les animaux à lui, qui alors accourent et arrivent de toute part. (cela expliquerait t-il la présence de tant d’animaux sur la tapisserie ?

Après s’être repue la panthère dormirait trois jours d’affiler, ce sommeil de trois jours l’apparenterait à la passion du christ. De plus sa voix parfumée serait le symbole de la « bonne nouvelle » répandue par le Christ.

Pour compléter l’interprétation, La panthère est animal qui apparaît dans l’amour courtois, est écrit au XIIIème siècle « La panthère d’amour » par Nicole de Margival.

On peut en effet remarquer qu’en plus de la symbolique des cinq sens, une lecture sous le jour de l’amour courtois peut également être fait de l’ensemble de la tenture.

Le guépard : félin connu dès le moyen âge, dans les milieux de cours, cadeau princier pour les ménageries royales, pouvait être utilisés pour la chasse, il est connu que les Visconti possédait un guépard apprivoisé dans leur ménagerie .diapo 65 Symbole de richesse et de pouvoir du prince . Rapide et féroce, symbole de force et férocité.

La genette : petit carnivore introduit par les croisés au XII siècle, la genette est un animal domestique assez présent dans la vie médiévale, tel le chat elle a pour rôle de chasser rats et souris. Diapo 67Mais c’est aussi un animal de compagnie.

La genette était l’animal présent sur les armes de Jeanne de France, en effet la proximité de prononciation entre genette et Janette en est l’explication. Ceci nous permet de penser que la genette pourrait donc également être une sorte de signature, pour l’artiste qui a conçu le modèle de la tapisserie, Jean d’Ypres (Maitre d’Anne de Bretagne). Ou le commanditaire Jean IV Le Viste (hypothèse)

La genette est un animal qui apparaît aussi dans les histoires d’amour courtois.

La chasse

Certains animaux évoquent tout particulièrement l’univers de la chasse, et la chasse est présente dans l’amour courtois, en effet la chasse exalte les sens, et asservir sa proie, veut ainsi dire assouvir sa passion. :

La chasse au vol : a deux reprises dans le Toucher et Mon seul Désir on peut voir un faucon et un héron en vol. Le héron oiseau très courant au moyen âge, était chassé au vol ou à l’arc. Diapo 71 Des « heronnerie » étaient entretenues par les seigneurs pour la chasse au faucon. diapo 72 Le héron était d’autant plus chassé que c’était une « volerie de bouche » ce qui veut dire qu’il était destiné a être consommer et orner la table des banquets. Diapo 73 Le faucon oiseau de proie dressé pour la chasse au vol, qui était un privilège nobiliaire, dès le Xème siècle existe des ouvrages consacrés à la fauconnerie. Diapo 74 C’est ainsi la chasse seigneuriale par excellence.

Diapo 76 Dans la littérature courtoise le faucon est l’attribut de l’homme galant, et la chasse au vol est associée à la cour amoureuse, le faucon et par extension le fauconnier sont associés aux plaisirs charnels. La chasse au vol est un motif très présent dans l’amour courtois, c’est le symbole de L’Amour révélant les cœurs. La capture du héron signifiant la mort de la lâcheté, et ainsi est une prouesse d’amour. Des scènes de chasse au vol illustrent de nombreuses tapisseries dont l’iconographie est liées a l’amour.

Diapo 76 Le faucon évoque aussi celui qui revient toujours à sa mie, comme le faucon au poing de son maitre, est aussi un symbole de la jeunesse et de ses plaisirs.

On oppose la chasse au vol à la chasse aux chiens, et longtemps dans la littérature courtoise l’un veut prendre la prééminence sur l’autre. Au final ce serait la chasse au vol qui aurait le dessus, procurant plus de plaisir, car satisfaisant à la fois l’ouïe et la vue.

Le lapin et le chien : le lapin est l’animal le plus fréquemment représenté dans la tenture. Diapo 78 Il apparaît trente quatre fois dans cinq positions différentes, il se distingue du lièvre en tétant représenter en blanc. Au moyen âge le lapin n’est pas un animal de compagnie c’est un gibier de bouche, introduit en Europe occidentale au XIIème siècle il était parqué dans des garennes, ou « mottes à conils », et était chassé.

Cependant le lapin pullule dans l’iconographie médiévale, alors appelé, « conin » ou « conil », il est un symbole de fécondité, mais est aussi un symbole de la féminité. La poésie courtoise se jouant du mot « conil » fait rapprochement avec le sexe féminin. Métaphore du sexe féminin, le chien devient le prétendant, qui le poursuit de ses assiduités. Dans le « château d’amour » une allégorie évoque un petit château gardé par des lapins assiégés par des chiens. Les scènes de poursuites sont alors les plus prisées dans l’iconographie, le chien pénétrant le terrier du lapin poursuivit.

La chasse à cours : D’autres animaux évoquant la chasse sont également représentés, tel que le renard, la perdrix. Cependant quand on parle de chasse à cours cela concerne le cerf, ou la licorne, l’animal forcé, est percé, c’est considéré dans la symbolique de l’amour courtois, une victime sacrificielle, une image christique.

Le renard : ce dernier tient une place importante dans le bestiaire médiéval, il est de plus en plus présent et surtout à l’époque gothique qui est le moment de la diffusion des fabliaux : « le roman de Renart ». Souvent utilisé pour parodié les rapports sociaux, en particulier dans la littérature courtoise .Fourbe et rusé le renard n’a pas bonne réputation, est reste dans l’iconographie un tueur de poules.

Deux animaux ont une place d’honneur dans l’ensemble de la tenture :

Le lion et la licorne

Ils occupent une place toute particulière dans l’ensemble de la tenture. Toujours au premier plan de part et d’autre de la Dame, ils portent les armoiries. Ils sont les deux éléments les plus signifiant de la tenture.

L’association du lion et de la licorne est assez courante au moyen âge, dans l’héraldique, ou dans la littérature courtoise. « Roman de la dame à la licorne et du beau chevalier au lion » ce roman rédigé au XIVème siècle , évoque la délivrance de la dame à la licorne par le chevalier au lion.

« Cependant, à partir du XIVe siècle, l'image se transforme et l'épisode de la chasse n'en est plus le pivot. L'exemple de cette transformation nous est fourni par Le Rommans de la Lieorne et du Biau Chevalier au Lyon : la virilité de l'amant, représentée par la force animale de la licorne, est reportée sur le lion qui devient le symbole de la masculinité ; la licorne, s'associant à la dame, est désormais la compagne et l'ange-gardien de sa féminité pure et inviolable. Les deux animaux sont maintenant réunis pour symboliser le couple parfait dans l'union de la féminité inaccessible et de la force masculine invincible. »

Cependant ils ne jouent pas le même rôle : bien que le lion est des positions et expressions différentes dans chaque scènes (gout : tire la langue, la vue, détourne les yeux), il est un contre point à la licorne, et n’est pas actif.

En effet la licorne entre en interaction avec la dame, la dame lui caresse la corne dans le Toucher, ou lui tend un miroir dans la Vue.

La licorne est un des animaux le plus célèbre du bestiaire médiéval, animal paisible, il ressemblerait a un chevreau portant une corne unique sur le front. Bien que paisible, les chasseurs ne peuvent la capturer en raison de sa grande force.

Le seul moyen de capturer une licorne, est de lui envoyée une vierge, l’animal attiré vient alors se blottir contre elle et la jeune fille peut ainsi l’emportée.

Autres au contraire la [= la licorne] disent estre fort douce et bénigne, et d'une mignotise la plus grande du monde, pourveu que malicieusement on ne l'oifence : car ils disent comme ainsi soit qu'elle ne pasture en terre, estant la longueur de la corne qu'elle a au front, force est qu'elle pasture es arbres fruitiers, et es râteliers, ou en main mangeant toutes sortes de fruicts qu'on lui offre, comme herbes, gerbes, pommes, poires, oranges, thouzelle, et toutes sortes de legumaige, jusques là qu'ils feignent icelle s'amouracher des filles, prenant tel plaisir à les contempler, qu'elle est souvent prise par ce moyen» {Ambroise Paré Œuvres, t. 3, p. 499, n. 1).

Bien qu’évoquée depuis l’antiquité, le terme « licorne » n’apparaît qu’au XVème siècle, en effet elle était auparavant appelée monocéros, ou unicornis. Dans la pharmacopée médiévale la poudre de corne de licorne est un contrepoison. On voit que la licorne évoquée depuis l’antiquité est entre le mythe et réalité.

La scène où la licorne est le plus fréquemment représentée, et le moment de sa mise a mort par le chasseur, alors qu’elle est réfugiée dans le giron d’une jeune vierge.

Ici la licorne porte les armoiries, mais a deux reprise elle participe à la scène, dans le toucher, où la Dame touche la corne, et dans la vue où la licorne posse ses pattes avants sur les genoux de la Dame, rappelant l’iconographie commue de la licorne se réfugiant dans le giron de la vierge.

C’est un animal qui symbolise, la force, la virginité, mais aussi dans le contexte courtois est associé à l’acte sexuel. La corne symbole d’orgueil ou de luxure. Elle fait partie de ces symboles ambivalents du moyen âge à la fois exprimant la chasteté, mais avec une dimension érotique.

Diapo96 L’histoire de la mise a mort de la licorne est représentée dans la tenture La chasse à la licorne, conservée au Met à New-York (Cloisters collection).

L’association du lion et de la licorne est donc une référence aux textes de l’amour courtois, cependant la présence du Lion, portant les armoirie en même temps que la licorne peut aussi s’expliquer comme emblème « parlant ».

Le lion symbolise la ville de Lyon,

et la licorne symbolise la famille Le Viste, en effet la licorne a parmi ses attributs la vitesse, et ainsi la diligence, une des vertus cultivée par la famille. « Emblème parlant » de la famille, la licorne est évoquée a plusieurs reprises dans la description d’oeuvres ayant appartenues a la famille.

Le Lion , connu très tôt grâce a la culture romano-chrétienne, mais ce n’est qu’à la fin du XIIème siècle qu’il devient roi des animaux détrônant l’ours. Le lion elle le symbole de la vigilance (effacerait ses traces de sa queue et dormirait les yeux ouverts), il est associé a la royauté, le trône de Salomon tétait en haut d’un escalier encadré de lions. Symbole de force et de férocité, de nombreux passages de l’ancien testament présente des luttes contre le lion, mais le lion est aussi présent lors de miracle : Daniel dans la fosse aux lions. De plus le lion est un symbole évangélique associé a st Marc. Le lion est aussi un des signes du zodiac, c’est le lion du zodiac qui est à l’origine du lion héraldique.

Très répandue dans les armoiries, et emblèmes des familles royales et princières.

Le bestiaire peut aussi être divisé selon deux nature, l’une solaire, l’autre lunaire, opposant ainsi Lion (faisan, agneau, faucon) et Licorne. (lapin, renard, singe)

Ce qu’il faut retenir de l’iconographie de l’ensemble de la tenture : une allégorie des cinq sens et du « sixième sens » qu’est le « cœur », qui est conçue de manière positive et idéalisée. L’ensemble certainement conçue selon une double lecture : morale, mais faisant aussi référence à l’amour courtois

La datation de la tenture : la datation est toujours délicate en ce qui concerne la tapisserie, en effet on peut difficilement s’appuyer sur le style, car un même carton peut être réemployé plusieurs fois a plusieurs années d’intervalle, cependant, les armoiries, les détails vestimentaire peuvent être des moyen de datation.

Il est souvent plus pertinent d’étudier la tapisserie par style afin de déterminer des « école ».

Cependant en ce qui concerne « La dame à la licorne », les experts s’accordent pour la dater de la toute fin du XIV, tout début XV, (1485-1510), compte tenu des détails particuliers des costumes de la dame, du choix du fond « millefleur » et de ce que nous savons des commanditaires possibles.

III. La tapisserie La création : du modèle à la tenture.

La création d’une tapisserie nécessite trois grandes étapes :

  • la création du modèle : « maquette », « portraitur » ou « petit patron »
  • le dessin grandeur nature ou « carton » souvent sur toile, et e, couleur.
  • le tissage diapo 105

Les deux premières étapes sont réalisées par un peintre ou un dessinateur, la troisième par le tapissier-licier.

Les deux premières étapes n’étaient pas forcément d’une grande précision, la maquette n’était pas nécessairement le dessin de l’ensemble de la pièce mais pouvait être seulement l’élément principal. Il arrive que la maquette et le carton soit réalisé par la même personne.

Il pouvait aussi être possible que le licier utilise des, figures ou motifs issus de cartons préexistants. Un carton ou une maquette peut ainsi servir à la réalisation de tapisseries différentes. On peut voir un même personnage apparaître dans des tapisseries différentes aux iconographies différentes.

De toute façon le travail du peintre était modifié ou simplifié au moment ou il transposé sur le carton, puis tisser. C’est l’intervention de plusieurs personnes dans la création qui rend l’étude de ces œuvres plus difficile.

Au moyen âge on ne produit pas une tapisserie, mais une tenture c’est a dire un ensemble d e tapisseries, qui peut prendre des dimensions considérables, on estime que ces tentures nécessitaient une main d’œuvre importante, aussi bien pour la réalisation des cartons que des tapisseries elle même.

« La Dame à la licorne », est un bon exemple des processus de création en cours à la fin du XVème siècle .

Les plus belles tentures étaient tissées de laine de soie et de fils d’or, c’étaient des tentures royales, nombreuses d’entre elles ont été brulées afin d’en récupérer l’or.

En ce qui concerne notre sujet , Plus encore que le dessin, la couleur rouge du fond fait de cette tenture un objet de luxe. Le fait que ce rouge ait conservé sa vivacité indique en effet que la laine a été teintée avec un pigment à base de garance de très haute qualité.

- le fond et les figures : un semis de plantes fleuries caractérise les tapisseries de la fin XVème début XVIème que on appelle les « mille fleurs ». Ces fond sont une tradition que l’on retrouve également dans les décores muraux, et qui démontre un gout pour la représentation de plus en naturaliste des végétaux que l’on retrouve dans tous l’art gothique. Il est connu que les « millefleurs », ou « verdures » a fond rouge, était assez courant a l’époque, encore plus avec des animaux.

Ces fonds « mille fleurs » montre aussi un désintéressement pour la représentation réaliste de l’espace, et l’utilisation d’un moyen pour réaliser un fond de manière plus rapide. Diapo 107 Ces tentures a fond très décoratifs, permettaient de facilement intégrer des armoiries, ou des symboles parlant, , et ainsi de mettre rapidement en place un programme iconographique, celui qui nous intéresse est un glorification des armes de la familles Le Viste.

Cependant ici une certaine originalité : le fond rouge, et la terrasse bleue centrale.

Grâce au fond « mille fleurs », le tapissier-licier n’a besoin d’un carton que pour les figures centrales, quand aux fleurs et animaux qui peuplent le fond ils sont issus de motifs déjà utilisés. Par exemple si on observe les lapins, on remarque qu’ la tapissier dispose de six positions différentes qu’il répète d’un tapisserie a l’autre, qu’il peut de plus inversé vers la droite, vers la gauche , il en est de même pour les autres animaux.

Le tapissier licier, va également placer les éléments décoratifs selon la place qui est donné par la composition, ou tout simplement la dimension de la tapisserie. En ci qui nous concerne on peut en effet observer que certaine tapisserie sont plus étroites, et que les motifs semblent plus resserrés.

Ces différence de taille entre les tapisserie de la tenture laisse pensée que celle fut réalisée pour un lieux précis au quel elle était destinées. De plus la présence des armoirie et des animaux emblématique Lion et Licorne, indique un commanditaire précis.

Cependant force et de constater que cet ensemble montre qu’un soin tout particulier à été apporté aux compositions, mais aussi aux nombreux détails, gestes, attitudes, regards, les bijoux,

fleurs et animaux sont réalisés avec une grande précision. Ce qui fait de cet tenture un ensemble de tapisserie d’un qualité exceptionnelle.

L’atelier :

Les caractéristiques stylistique de la tenture ont permis à Nicole Reynaud et Geneviève Souchal de rapprocher la tenture d’un important atelier parisien de la fin du XVème siècle : l’atelier du « Maître d’Anne De Bretagne », enlumineur des très petites heures d’Anne de Bretagne.

Le « Maître d’Anne de Bretagne », travailla pour le roi et la reine de France, et a beaucoup de succès au près des ecclésiastiques et magistrats parisiens. On lui attribut plusieurs manuscrits enluminés entre 1490-1500.

N. Reynaud et G. Souchal qui ont travaillées sur le « maitre d’Anne de Bretagne »,expliquent : peintre il est aussi bien connu pour la réalisation de peinture murale que de manuscrits enluminés, de modèle et cartons pour le vitrail, et la tapisserie. Ainsi que des dessin pour la gravure, sur bois ou métal. diapo 110 Aussi bien connu sous le nom de « maitre d’Anne de Bretagne », que « Maitre de la chasse à la licorne », que « maitre de la rose de la sainte chapelle », en référence aux œuvres qui lui sont attribuées. Ces nom évoques ainsi les différents domaines dans les quels il exerce, l’enluminure, le vitrail, la tapisserie.

Cet artiste représente bien le travail qui incombait aux peintres à son époque, polyvalents, ayant une clientèle et des commandes diversifiées. Ces artistes appartiennent a des lignées, en ce qui le concerne, il reprend le fond d’atelier de « maitre de Coëtivy » (Nicolas d’Amiens, fils de d’André d’Ypres), artiste d’origine nordique qui exerça entre 1460-1480. Ces lignées étant le plus souvent familiale, il est possible que le « Maitre d’Anne de Bretagne » soit son fils, jean. Dit jean d’Ypres. On peut ainsi établir une filiation entre André d’Ypres, Nicolas (Colin) d’Amiens, et Jean d’Ypres. André D’Ypres est formé à Tournai, ce qui explique son implication dans les cartons de tapisserie, puis ensuite il part travailler à Amiens, pour au final s’installé à Paris avec son Fils Nicolas. Ils sont tous deux qualifiés dans les textes « d ‘hystorieur et enlumineur ». ces artistes sont considéré comme français, en effet avant 1526, la flandre et L’artois sont encore français.

La présence de la genette, sur plusieurs ouvrages qui lui sont attribués serait un emblème de ce maitre. Il serait mort en 1508, cependant des modèles pour des vitraux ont été diffusés jusqu’en 1520.

Quatre autres tapisseries peuvent a ce jour être attribuées au « maitre d’Anne De Bretagne », la Tapisserie de Persée, (aux armes de Charles Guillard, président du parlement 1456-1537), la tenture de Femmes Illustres (fragments conservés au museum of fine arts de Boston), et diapo 114 La vie de la vierge (commandée pour la cathédrale de Bayeux, une pièce conservée au Musée de Cluny) et diapo 115 a célèbre teinture la chasse à la licorne (Met New-York Cloisters collection).

Ces différentes œuvres ont en commun, des compositions équilibrées et rythmées, des figures féminines aux visages sereins et ovale, des détails recherchés de la parure, des vêtements, de la coiffure.

Ce qui apparente « La dame à la licorne » au « Maitre d’Anne de Bretagne », ce sont les visages doux et pensifs que l’on retrouve dans les enluminures, ainsi que la silhouette de la demoiselle que l’on retrouve dans celle de l’ange de l’annonciation des très petites heures d’Anne de Bretagne .ou encore quelques motif tel que le petit singe mangeant des fruits, la genette, la coiffure a toupet.

Cependant on pense que plusieurs cartonniers ont travaillé sur la tenture La dame à la licorne, car certaines tapisseries montrent des différences de style, comme le Toucher, qui diffère légèrement des autres, aussi bien dans la composition, et la représentation du lion, ainsi que dans le choix des animaux, il y a plus d’animaux exotiques, on voit la panthère qui n’apparaît que sur cette tenture, et les animaux portent collier ou sont enchainés ce qui n’est plus systématiquement le cas sur les autres tapisseries, a moins que ce soit un choix iconographique . nous savons aujourd’hui que des peintres aussi renommés que Jacques Daret, et Nicolas Froment on produit des maquettes, voir des cartons de tapisserie.

Si l’on peut déterminer le lieu de création des cartons dans le cercle de l’atelier du « maitre d’Anne de Bretagne », il est beaucoup plus difficile de savoir où a été tissé la tenture. De nombreuses hypothèses ont été faites, cependant comme à cette époque les ateliers ne marquaient pas encore leurs tapisseries, elles reste a l’état d’hypothèse.

Ce que nous savons : des ateliers actifs d’importance existent dans les villes du nord de la France et dans les pays bas du sud, les plus célèbres sont : Arras, Lille, Bruxelles, Tournai, et Bruges. Ce n’est pas par ce que le patron est issu d’un atelier parisien que la tapisserie a pour autant été réalisée à Paris, c’est cependant une possibilité. De plus nous savons que des ateliers existent à Paris autour de 1500, qui réalisèrent des tapisseries de renommée.

La question du lieu de tissage est particulièrement difficile à résoudre. L’hypothèse d’une réalisation parisienne n’est pas exclue, bien que les centres de production les plus connus se situent à cette époque dans le nord de la France et les Pays-Bas du Sud.

Cependant la grande mobilité des artistes et artisans, rend quasi impossible la localisation précise de la production d’une tenture. Sans oublier que nombre de tapisseries recensées rend impossible une production catonnées a ces quelques centres, l’ensembles des pays bas du sud travaillait pour la tapisserie, il existe des textes qui évoquent la sous-traitance, c’est a dire de la fabrication a domicile.

IV. Hypothèses concernant La commande :

au XIXe siècle on attribuait la tenture a un mystérieux prince :La légende de l’attribution au prince Zizim

La tenture présente des écus, étendards et bannières où figurent des croissants, ce qui fut à l’origine de la légende : la tenture aurait appartenue a un prince oriental, Djim, Zizim en occident, prince qui aurait séjourné à Bourganeuf entre 1483-1488. Cette attribution fut rapidement remise en question par Edmond du Sommerard.

Cependant cette légende demeure longtemps dans les esprits, l’histoire tragique du prince Djim(1459-1495),chassé du pouvoir par son frère, en 1482, réfugier a Rhodes au près des chevaliers de st Jean de Jérusalem, , transféré a Bourganeuf, envoyé a Rome, et remis au roi Charles VIII, il meurt mystérieusement.

Histoire de la famille Le Viste :

« De gueule à bande d’azure chargée de trois croissant montant »

Ces armoiries sont répétées à l’envie sur l’ensemble de la tenture, écus, targes, bannières, étendards, et capes. Ces armoiries ont été identifiées dès 1882 comme étant celle des Le Viste. Le lion et la licorne sont les emblèmes « parlant » de Lyon, et Le Viste.

La ville et le commanditaire.

La profusion des emblèmes et des armoirie, marque la volonté de la famille d’affirmer ses armoiries, riche et puissante, leur naissance n’était pas à la hauteur de leurs ambitions, afficher les signes extérieurs de la noblesse, et un moyen de l’intégrée.

Diapo 120 La famille Le Viste, serait d’origine italienne, Jean Ier (+ 1383), premier juriste de la famille est le fils d’un drapier Lyonnais (Barthélémy), docteur en droit et à la tête d’une belle fortune, son fils ainé Jean II (+1428) est aussi docteur en droit, et chancelier de Bourbon, son frère cadet Barthelemy, (+1442) était conseiller au parlement de Paris.

  • Jean II : nous savons que c’est une des figures fondatrice de la famille, qui va contribuer a assoir sa puissance. Homme de gout, il est amateur d’art, son testament est connu et révèle qu’il avait en sa possession une quarantaine de livres, ce qui extrêmement rare a l’époque, et que se certains d’entre eux était des livres religieux, ou des livres de droits, il possédait également des romans.

Son testament révèle aussi un gout pour la tapisserie armoriée, des « parements armoriés », sont évoquées. Jean Le Viste est très fière de ses armes, et afin de s’assurer leur perpétuité il met en place un testament compliquée s’assurant qu’une branche ainée, avec descendant mâle, reprendra les armes mais aussi la maison familiale Lyonnaise.

Son fils Antoine Ier, en épousant Béatrix, héritière des seigneurs de la Bussière, et de la terre d’Arcy, d’ancienne noblesse,

  • Jean IV (1432-1500)-fils d’Antoine Ier fut aussi conseiller au parlement de Paris, il fait carrière au service des Bourbons, puis au service du roi, Louis XI, puis de Charles VIII. En 1489, Jean IV Le Viste est « président de la cours des Aides de Paris », une des fonctions les plus prestigieuses du royaume (cette fonction n’est donnée qu’a des proches du roi, et ici pour la première fois a un laïc !). Il s’occupera pendant sa carrière du ravitaillement de l’armée du roi, et on le charge d e missions de confiance, comme les relations entre le roi et duc de bourgogne, tendus a cette époque. Jean Le Viste est un des hommes de confiance du roi, et cette fidélité est récompensés par des charges et des pensions. ce qui explique la fulgurante ascension de la famille. Il reste cependant toujours en relation avec la ville de Lyon, qui lui paye ses services (il apparaît comme un homme sans scrupules et âpre aux gains, qui sait servir le roi, afin d’en être toujours remercier). Ses charges vont lui permettre d’assoir sa fortune, et aussi agrandir les terres qui lui viennent de sa mère. Il achètera aussi un hôtel particulier rue du four. Cependant il n’a que trois filles et aucun descendant mâle ce qui l’oblige a céder la maison familiale lyonnaise a un cousin selon les volontés de Jean II. Des procès auront lieu au sein de la famille a cause de ces clauses testamentaires.

Nous savons que jean IV est aussi amateur d’art, il réalise d’important travaux au château d’Arcy, (où ses armes vont être apposées a de nombreuses reprises), et son testament prévoit l’édification d’une chapelle et d’un vitrail consacrée a notre Dame. Le testament prévoit la construction de la chapelle mais aussi la réalisation du mobilier liturgique, calices, burettes, chasubles, ainsi qu’un reliquaire (st George). Les détails de son testament, nous fait savoir que Jean IV avait des gout traditionnels, il souhaite que la chapelles et vitrail soit décorés, « tout ainsi que l’on a coustume de faire ».

D’importants travaux sont également menés rue du Four. En particulier l’édification d’une galerie à deux étages, et de nombreux travaux de modernisation.

  • Il est plus que certain qu’il possédait également des ensembles de tapisseries, « tenture » qui sont évoquées dans un inventaire après décès d’une de ses descendantes Éléonore de Chabannes, petite nièce de Claude Le Viste, meurt en 1595,. Leur description montre une proximité de style avec « la dame à la licorne », sans cette dernière jean IV Le Viste aurait eu en sa possession une vingtaine de ses tapisseries.

Les tapisseries sont des œuvres de prestige, qui ne sont pas forcément exposées, mais qui servent aussi de capital, et sont thésaurises, signe de richesse.

L’inventaire après décès, évoque plusieurs tentures à fond rouge et armoriées a trois croissants, une tenture de Cinq pièces avec décor de « Sibille et licorne », et une tenture de 7 pièces avec « licorne et bestions ». Si ces tentures ne sont pas la « dame à la licorne », nous savons grâce à cet inventaire que Claude Le Viste transmet a ses héritiers des tapisseries « mille fleurs » avec des licornes. Tentures certainement commandées par son père Jean IV. « La dame à la licorne » ne devait pas être seule dans son genre .

Cette famille Lyonnaise a su tirer un bénéfice politique, financier et social de sa fidélité au roi de France.

D’autres membres de la famille vont mener des carrières aussi prestigieuses, Aymé oncle de Jean IV, fut conseillé au parlement de Paris,

Cette ascension sociale de la famille va se révéler aussi dans les alliances matrimoniales, en effet, la famille cherche à s’allier à la noblesse. Jean IV se marie avec Geneviève de Nanterre, fille, unique, ancienne famille de l’ile de France au riche patrimoine foncier. Leur fille ainée Claude épouse Geoffroy de Balzac, premier valet de chambre de Charles VIII.

  • Aubert Le Viste « le Vally » (+1493): même si la filiation est un difficile a reconstituer le plus vraisemblable est qu’il soit le fils de Jean III (frère d’Antoine Ier ).Lui aussi conseiller de Louis XI, il due mener a bien des taches ardues demandant la plus grande confiance. Il doit rependre la place forte de Courroux, prise par Jacques d’Armagnac, duc de Nemours traitre au roi de France. Il doit également y rétablir l’autorité du roi. Ces missions plus que délicate ont de lui un des hommes de confiance du roi.
  • Antoine II le Viste (+1534): il succède à son père comme « correcteur et rapporteur de la chancellerie », en 1513, il est « Maitre des requêtes », En 1520, « prévôt des marchands », et 1523 « président du parlement » . il épouse e première noce Jacqueline Raguier, issue d’une puissante famille de la noblesse de robe, ils n’auront qu’une fille, Jeanne. Nous savon qu’il avait recut une tapisserie importante « dédiée a St Christophe, cadeau de la ville de Tournai, alors un des plus important centre d production de tapisserie.

Quand à la fille d’Antoine II Le Viste (fils d’Aubert, et petit fils de Jean III), Jeanne, elle épouse Jean IV Robertet, trésorier de France sous François Ier. De plus Jeanne et l’héritière de sa cousine Claude (fille de jean IV), ce qui fera que par de cette alliance la famille Robertet va d’une grande partie de la fortune des Le Viste.

Les familles ainsi liées par les mariages, ont un autre point commun, leur intérêt pour l’art, et leurs commandes artistiques :

La famille Le Viste, va donc s’alliée a un milieu d’amateur d’art, et va être à l’origine de plusieurs commandes. De plus cet intérêt marqué pour les arts permet de montrer de manière ostentatoires ses richesses, et d’être la preuve d’une ascension sociale, ces œuvres étant le support de la reproduction des armoiries signe de noblesse.

Voici les indices qui peuvent nous guider pour essayer de déterminer qui a commandé la tenture :

  • La récurrence des armoiries, est le fait que celles ci soient pleine, oriente vers un ainé de famille. Mais aussi une volonté ostentatoire

En effet un membre de la famille issu d’une branche cadette porte des armories « brisée », cet à dire avec un détail qui les distinguent de l’ainé. Par exemple jean III Le Viste, cadet d’Antoine Ier porte les armoiries avec une bandes bretessée (aux bord festonnés). Cependant Pastoureau remarque qu’au XVème siècle seule la haute noblesse continue à briser régulièrement ses armes. Deplus à la mort de Jean IV c’est bien Antoine II qui se trouve être le « chef » de famille.

  • Le fond « mille fleur » , est caractéristique de la fin XVème début XVIème.
  • Le modèle est certainement créer par « Le maitre d’Anne de Bretagne », entre 1490-1508, et les détails vestimentaires des deux figures, permet de dater la création de la tenture après 1495.

Deux possibilités :

  1. la tenture est commandée par Jean IV Le Viste (+1500), seigneur d’Arcy, chef de la famille à la mort de son père Antoine. La date de fabrication, la richesse du commanditaire, le gout pour l’art font que cette hypothèse est celle retenue de préférence par Geneviève Souchal
  1. ou par son cousin Antoine II (Fils d’Aubert, petit fils de Jean III), qui à la mort de son cousin reprend les armoiries pleines, ce derniers n’ayant eu que des filles .

Antoine II, qui reprend les armoiries de son cousin, comme chef ainé de la famille Le Viste, a put faire exécuter une tenture, reprenant les caractéristiques de celles que faisait exécuter son aïeul. Ce qui expliquerait l’arrivée de la tenture au château de Boussac. suite au mariage de sa fille unique Jeanne, avec Jean Robertet.

La commande est peut être due à la reprise des armes par Antoine II en 1500, ou a ses fiançailles avec jacqueline Raguier : ce qui expliquerait les initiale A*I dans la tapisserie « mon seul desir ».

Le fond rouge : rappel la couleur du fond des armoiries familiale, et la licorne « l’emblème parlant » des Le Viste.

Cependant on ne sait pas qui est à l’origine de l’iconographie de la tenture. C’est à dire le « concepteur » .

Ce que nous savons :

  • la présence des armoiries, ainsi que les différentes tailles des tapisseries, qui suggère une confection pour un lieu précis, indique une commande.
  • C’est Jean D’Ypres, « le maitre d’Anne de Bretagne » qui l’auteur des « petits patrons »= composition et dessin des principales figures.
  • Jean IV ou Antoine II : l’un et l’autre sont des figures importante de la scène politique et artistique (commanditaire) de l’époque. Ils s’adressent a Jean D’Ypres qui est un des artistes important de l’époque, travaillant pour la famille royale. Un artiste polyvalent qui marquera l’enluminure, le vitrail, et la tapisserie.

C’est bien la rencontre entre commanditaire et artiste qui va permettre la réalisation d’une tenture aussi spectaculaire que « la dame à la licorne ».

Cette tenture est l’exemple parfait de ce moment exceptionnel qu’est le basculement du moyen âge à la renaissance Cette tenture, a marquées les esprits, éveillé l’intérêt d’artistes, et restée longtemps auréolée de mystères en ce qui concerne son origine, mais aussi son interprétation.

Comment la tenture est elle arrivée au château de boussac ?:

La tapisserie a donc sans doute été tissées aux environ de 1500,

C’est Henry Martin, qui a su reconstituer le cheminement de la tapisserie de la famille Le Viste à la famille de Carbonnières, propriétaire du château de Boussac entre 1730 et 1837.

Antoine II Le Viste (+ 1534) a une fille unique, Jeanne.

Jeanne épouse Jean IV Robertet : deux enfants :

- Florimond II Robertet (meurt sans enfants)

- Marie –épouse André Guillard : 4 enfants

-les tentures passent leur fille Catherine épouse Geoffroy III de Beynac.

-fils François épouse Diane de Hautefort

-fils Francois (meurt sans enfants) ses biens reviennent a sa mère puis a sa tante Marie de Hautefort.

Mariez de Hautefort épouse François d’Aubusson.

-fille Françoise d’Aubusson épouse Geoffroy de la Roche –Aymon : fille Jeanne

veuf il se remarie avec Madeleine des Grillets (veuve de Jean de Rilhac et propriétaire du Château de Boussac : Fils François de Rilhac ) .

-Jeanne de la Roche-Aymon épouse François de Rilhac.

Louise de Rilhac (petite fille)- épouse François de Carbonnières 1730.

Le château de Boussac passe à la famille de Carbonnières.

Comment « la dame a la licorne » fut elle redécouverte :

V. La découverte de la tenture :

1ère mention des tapisseries : 1814, description du château de Boussac (Berry) département de la Creuse.

Un historien local, Joseph Jullietton il signale « d’anciennes tapisserie turques qui meublèrent l’appartement de l’infortuné Zizim dans la tour de Bourganeuf. »

Le château appartient à la famille de la Carbonnière après le mariage de François jean baptiste de la Carbonnière avec Louise de Rilhac.

1837, la dernière héritière des Carbonnière, vend le château à la ville de Boussac, qui le cède au département de la Creuse. Qui en fit le siège de la sous préfecture.

1841, la commission des monuments historique s’inquiète du mauvais état du château de Boussac, et en particulier de la grande salle des tapisseries « laissées par le prince Zizine à Bourganeuf où il fut enfermé »

Prosper Mérimée inspecteur des monuments historiques, visite le château, et attire l’attention du président de la commission Ludovic Vitet sur la présence des six tapisseries, il s’inquiètes de leur sort, et en suggère l’acquisition.

Description de Prospère Mérimée,16 juillet 1841 :

« Toutes les six représentent une très belle femme (…) toujours placée entre un lion et une licorne (…) Cinq des six tapisseries sont en fort bon état, la sixième est un peu mangée des rats. Toutes auront le même sort si on ne les tire de Boussac. Ne penseriez vous pas qu’il y aurait lieu de les faire acheter par la bibliothèque Royale, ou, si vous l’aimez mieux de les faire acheter par la liste civile pour la collection du roi. Je préfèrerai le premier parti(…) J’ai dit au maire que s’il voulait faire raccommoder ces tentures à Aubusson on les perdrait et que cela lui couterait fort cher ; que si elles n’était pas si vieilles si déchirées le gouvernement pourrait peut être les lui acheter. »

Correspondance de Prosper Mérimée avec Ludovic Vitet(1840-1848)

En 1842, l’architecte Morin réalise des relevés, ont voit les tapisseries insérées dans les boiseries du château.

Une somme est allouée par l’état à la commune pour réparer et entretenir le château, ainsi qu’une offre d’achat pour les tapisseries.

C’est dans ses mêmes années, que George Sand fait un séjour au château de Boussac, elle dort dans une chambre attenante aux salles où sont les tapisseries. Dans son roman jeanne (1844) « ces curieuses tapisseries énigmatiques ».

George Sand, Jeanne 1844 :

« La plus belle décoration de ce salon était sans contredit ces curieuses tapisseries énigmatiques que l’on voit encore aujourd’hui dans le château de Boussac et que l’on suppose avoir été apportées d’orient par Zizime et avoir décorée la tour de Bourganeuf(…) Ces tableaux ouvragés sont des chefs d’œuvres et, si je ne me trompe pas une page historique fort curieuse ».

1847 George Sand écrit un long article sur le château de Boussac et ses tapisseries, qui paraît dans L’illustration. Où elle s’interroge sur le sujet des huit panneaux., et fait allusion a des réparations à Aubusson. L’article est accompagné de dessins fait par son fils Maurice Sand : « le toucher », « l’odorat », « le goût ».

Peu après 1842, la sous préfecture s’installe dans le château, la salle a mangée est cloisonnées les tapisserie déplacées, « le gout », » la vue », « Mon seul désir » sont transportée à l’hôtel de ville.

1853 le baron Henri Aucapitaine, érudit local, écrit une note sur les tapisseries de Boussac : - trois morceaux placés dans le salon du sous préfet, (château de Boussac), et les autres dans roulés dans l’hôtel de ville, où elle commencent a être détériorées par l’humidité et les rats.

1877, un des membres de la famille Rothschild fait une proposition pour l’acquisition des tapisseries.

la même année la commission supérieure des monuments historiques charge Edmond du Sommerard directeur du musée de Cluny, d’obtenir la cession à l’état.

1878 une partie des tentures est exposées à l’exposition universelle.

1882, Le maire de Boussac, expose au conseil municipal le grave état de dégradation des tentures, et expose le cout important des réparations nécessaires, et propose donc d’accepter l’offre de l’état.

La commission des monuments historique propose la somme de 25 000 francs pour l’achat des six tapisseries au profit du musée de Cluny.

Exposée dès 1883, dans la grande galerie du musée de Cluny.

Bibliographie :

  • La dame à licorne, Élisabeth Delahaye directrice du misée de Cluny, édition RMN 2007.
  • « les métamorphoses de la tapisserie » Texte de Julien Coffinet l’œil novembre 1973.
  • Les tapisseries de La Dame à la licorne allégories des sens Élisabeth Delahaye Entretien avec Olivier Sirost
  • "Messeigneurs Les Vistes" et "la Dame à la Licorne". Souchal Geneviève. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1983, tome 141, livraison 2. pp. 209-267.
  • Du nouveau sur le peintre André d'Ypres artiste du Nord installé à Paris Vanwijnsberghe Dominique. Nord.,. In: Bulletin Monumental. Tome 158 N°4, année 2000. pp. 365-369.
  • Les Heures d'Anne de Bretagne. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1913, tome 74. pp. 466-468.
  • Tapisseries des XIVe-XVe siècles au Grand-Palais julien Pierre.. In: Revue d'histoire de la pharmacie, 62e année, N. 221, 1974. pp. 92-94.
  • La tapisserie et le tapis en France. Souchal Geneviève. Roger-Armand WEIGERT. Paris, Presses universitaires de France, 1964. (Le lys d'or). In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1965, tome 123, livraison 2. pp. 665-668.
  • La tapisserie Fabienne Joubert, Turnout, Brepols1997
  • Deux cartonniers de tapisserie au XVe siècle. Salet Francis In: Bulletin Monumental. Tome 149 N°2, année 1991. pp. 244-245.doi : 10.3406/bulmo.1991.3264
  • . Le sixième sens et la théologie de l'amour [essai sur l'iconographie des tapisseries à sujets amoureux à la fin du Moyen Âge]. Jourdan Jean-Pierre In: Journal des savants. 1996, N° pp. 137-159.
  • « Le Rommans de la dame a la licorne et du biau chevalier au lyon » : un roman courtois en vers du XIVesiècle oublié. Manuel Garcia Fernandez Universidad de Santiago de Compostela
  • Communiquer de presse du musée de Cluny , restauration, nouvelle présentation-2014

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Jacky LORETTE 16/06/2016 13:57

Bonjour
La Dame à la licorne n’est pas médiévale car tissée après 1515 et 1525.
Ce n’est pas Prosper Mérimée qui a découvert la tenture à Boussac
mais il a tout fait pour la sauver de la destruction.
Si vous écrivez « A mon seul désir », pourquoi oublier la dernière lettre ?
Ecrivez plutôt « Mon seul désir ».
Pour éviter les erreurs et les copiés-collés pris sur les sites "officiels",
eux-mêmes copieurs-colleurs :
http://dame-licorne.pagesperso-orange.fr/
Cordialement. JL

BLANCHON NADIA 18/09/2015 23:22

Merci
j'ai assisté à cette conférence au musée Matisse et aussi à la conférence sur le camouflage qui était passionnante, comptez-vous la publier d'avance merci .
j' espère que tout va bien pour vous dans vos nouvelles fonctions
Cordialement
Nadia BLANCHON

Anne-Maya Guérin 26/09/2015 08:21

bonjour,
non malheureusement aucun projet de publication en vue....
je vous remercie,
mes nouvelles fonctions me confrontent à de grands changements, pour le moment j'ai moins de temps pour travailler des thèmes à fond, et suis plus dans l'organisation du service, mais une fois que j'aurais les choses bien en main j'espère pouvoir à nouveau faire du travail de fond.

granier Jean-Claude 22/01/2015 16:15

Quel travail ! Quelle érudition ! Il y a matière à petit livre. Bravo

Anne-Maya Guérin 23/01/2015 06:52

Merci, c'est une synthèse de nombreux articles que j'ai ici réalisé. c'est une conférence que je propose, c'est plus intéressant avec les 130 images qui accompagne mon texte.