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Art-Histoire-Littérature

le contexte artistique à la veille de la Grande Guerre: New York

14 Février 2015 , Rédigé par Anne-Maya Guérin

Clive belle et duncan grant par Vanessa Bell, nu descendant l'escalier Duchamp, Nu bleu à Biskra Matisse, Maurer,revue 291 de Stieglitz, dessin de Rodin group of young american artists
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Clive belle et duncan grant par Vanessa Bell, nu descendant l'escalier Duchamp, Nu bleu à Biskra Matisse, Maurer,revue 291 de Stieglitz, dessin de Rodin group of young american artists

New York :

Les collectionneurs américains s’intéressent à la peinture d’avant garde française, Léo, Gertrude et Michaël Stein, font parti de ces collectionneurs. Ils vont faire connaître aux États Unis les artistes qu’ils défendent : Picasso, Matisse, Cézanne, Braque, Derain.

Entre 1908, et 1913 des œuvres de Cézanne, Matisse, Rodin, Picasso sont exposées aux Etats Unis. Grâce à l’énergie de quelques personnalités comme le galeriste –diapo 111- Stieglitz, fondateur de la revue « camera work », le photographe Steichen (galerie 291)diapo 112-, l’amateur et mécène Paul Burty Haviland, la journaliste Agnès Ernst.

Des expositions inédites vont avoir lieu : les dessins de Rodin, exposés aux Little Galeries en janvier 1908, ce fut un choc pour le public américain : « cette exposition est un défi à la morbide pruderie de notre puritanisme » J. Nilsen Laurvik New York times .

Cependant la circulation des œuvres vers les US est rendue difficile à cause d’une taxe exorbitante empêchant tout commerce, taxe voulu afin de protéger le marché de l’art américain.

Malgré ces difficultés Stieglitz et Steichen organisent une exposition des dessins de Matisse galerie 291, en avril 1908, expositions qui aura beaucoup de succès.

Mais aussi de jeunes américains de retour de leur séjour a paris exposent des œuvres largement inspirées des avants gardes parisiennes. Réunis dans la « Society of Younger American Artists in Paris » Alfred Maurer, John Marin-

« L'exposition accueillie par l'American Art Association de Paris en janvier 1908 marqua un engagement en faveur du modernisme au sein de la communauté artistique américaine de Paris. Les oeuvres présentées – de John Marin et d'Edward Steichen notamment – et l'accueil critique qui leur fut réservé, révèlent une volonté croissante de rejeter les conventions académiques et une ouverture à l'expérimentation artistique dans les années qui précèdent l'Armory Show. »

Barbara Shaefer, conservatrice, musée Wallraf-Richartz, Cologne

La galerie 291, est relayée par la revue « Camera work », et les expositions mélangent les œuvres des jeunes artistes américains, de artistes de l’avant garde française, ainsi que des estampes japonaises et des dessins d’enfants. La particularité de ce « réseau » mit en place par Stieglitz et Steichen est le mélange des genres et des nationalités, c’est avec une grande liberté qu’ils vont créer un nouvel espace remettant en question l’académisme américain.

Depuis la fin du XIXème siècle, les grands industriels américains, devenus multimillionnaires, voient dans la réalisation d’une collection et la fondation d’un musée, le moyen d’équipé leurs villes en d’institutions culturelle, ce grand geste philanthropique fut inauguré par Andrew Carnegie-. Les grandes villes américaines organisent des expositions internationales, des musées, bibliothèques, hôpitaux, salles de concerts, universités sont créées, et sont construit des bâtiment à l’architecture néo classique hypertrophiée. Les grands industriels se voient comme des entrepreneurs culturels. Même si les sommes déboursées par ces philanthropes sont colossales, elles ne correspondent qu’a moins de 1% de leurs biens. George Tempelton Strong, Robert Troup, William K. Vanderbilt, John D. Rockefeller (consacre 6% de ses revenus à la philanthropie), J.P. Morgan, Mabel Dodge, Albert Barnes, Andrew Mellon.

Ces collections rassemblent aussi bien de peintures et sculpture de la renaissance, aux avants gardes.

Ils constituent d’immenses collections, qui sont aujourd’hui les collections des grands musées américains, musées qui dès leur origine sont conçus comme des « centre d’apprentissage », où la mission première est l’éducation.

Comme le souligne Stieglitz dans une lettre à Haviland : « les Etats unis sont en train d’effectuer une révolution silencieuse, même si la majorité de la population n’a encore absolument pas conscience de ce qui ce passe ».

De plus à la veille de la première guerre mondiale de nombreux intellectuels américains qui avaient fait un plus ou moins long séjour en France sont de retour et forment une « avant garde américaine du modernisme ».

Mabel Dodge, rassemble dans son salon de Greenwich village, ils souhaitent « inventer un laboratoire du monde nouveau », participer a « grande révolution de esprits ».

L’organisation de « L'Armory Show se déroule dans un contexte particulier : l'avènement de New York comme capitale culturelle des Etats-Unis et capitale globale de la modernité. Seront présentés l'identité cosmopolite de New York, son rôle en tant que centre de communication, l'émergence d'une intelligentsia new yorkaise, la "petite renaissance" de Greenwich Village et enfin la rencontre entre les radicalismes politiques et culturels autour de la grève des ouvriers de Paterson (New-Jersey) en juin 1913 et dans les pages de The Masses. »

Marilyn Kushner, conservatrice et directrice du département des collections imprimées, photographiques et architecturales de la New York Historical Society

Mabel Dodge entend parler d’un projet d’exposition d’art international, et décide de participer à son organisation.

Cette exposition internationale est l’idée de peintres de L’AAPS (Association of American Painters & Sculptors), ces artistes veulent s’émanciper de l’académisme de des institutions officielles, et se distinguer du « groupe des huit » aux positions politiques affirmées.

Arthur B. Davies, et Walt Kuhn vont imaginer et mettre en place cette exposition internationale afin de assembler des œuvres d’artistes américains et étrangers alors ignorés par les expositions américaines.

L’organisation de cette exposition prendra plus d’un an, Kuhn visite l’exposition Cologne qui sera pour lui un modèle pour son projet. Il fait le tour des collections et des galeries européennes.

« En 1912, Cologne accueillit l'exposition de Sonderbund, considérée comme l'une des présentations les plus importantes d'art moderne européen avant la Première guerre mondiale, puisque tous ses pionniers y étaient représentés. ce salon fut une contribution majeure à l'expression de l'art moderne, non seulement en Allemagne, mais par-delà les frontières du pays. Elle servit de modèle à l'Armory Show. »

Paul B. Franklin, président de l'Association pour l'Etude de Marcel Duchamp, rédacteur en chef de la revue Etant Donné Marcel Duchamp, Paris

Le projet prend rapidement forme grâce à Davies qui va rassembler une partie l’argent nécessaire au près de généreux donateurs. Walter Pach, intellectuel et érudit est la plume du groupe, et John Quinn un avocat amateur d’art prend en charge le dossier « taxes a l’importations d’œuvres étrangères ».

Ils ont découvert l’œuvre de Cézanne à la faveur de séjours parisiens et de leur visite régulière à l’appartement des Stein et grâce à Matisse dont certains fréquentaient l’académie, l’exposition suit le modèle du Sonderbund de Cologne et des expositions de Roger Fry.

Pach qui connaît Duchamp et Matisse guide Kuhn dans ces choix, prenant comme exemple l’exposition de Cologne ou l’expo de Roger Fry à la Grafton Gallery.

Le 8 novembre 1910, s’ouvre aux Grafton Galleries, l’exposition Manet and the post-impressionists. Dans le contexte anglais, à la fois enclin à recevoir les impressionnistes mais pas encore prêt à reconnaître le bouleversement de la modernité et des avant-gardes, l’exposition organisée par Roger Fry en 1910 est essentielle. On reprochera cependant à Fry de délaisser la peinture anglaise.

Pourtant, comme dans le cas de l’Allemagne, les organisateurs « modernes » soutiennent les expressions artistiques venues de France sans insister sur la nationalité des artistes, préférant défendre l’idée d’une grande école moderne internationale.

Kuhn et Pach rassemble des oeuvres majeurs de l’avant garde en sollicitent des collectionneurs de différents pays d’Europe. Parmi les œuvres majeures qu’ils choisissent sont le nu bleu souvenir de Biskra et le madras rouge de Henri Matisse, et le nu descendant l’escalier N°2 de Marcel Duchamp.

Suggérant un nu, non anatomique mais artistique, cette œuvre de Marcel Duchamp met le spectateur en face d'une représentation qu'il connaît d'instinct, ne suscitant chez lui aucun intérêt. Cependant cette œuvre lui donne une vision décomposée du mouvement humain qui peut être confondu avec celui d'une simple machine.

L'évolution technologique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle suscite dans les mentalités un mépris de l'homme pour l'homme qui est considéré comme un objet, une sorte de robot qui répète sans cesse les mêmes mouvements - dont on peut décomposer les attitudes et analyser le fonctionnement. On parle alors de déshumanisation. La démarche du peintre est donc ici à visée philosophique. Elle permet de remettre en cause la nature même de l'être humain et de ses rapports avec le monde qui l'entoure, grâce aux fonctions de communication et communion que permet l'art. L'œuvre est donc une contestation significative de l'auteur…Propos de l'artiste.

Woman Walking Downstairs (1887), étude photographique composée par Eadweard Muybridge, citée par Duchamp lors d'un entretien1.

Marcel Duchamp distingue deux états de son œuvre. Il déclara au sujet de la deuxième version2 :

« Cette version définitive du Nu descendant un escalier, peinte en janvier 1912, fut la convergence dans mon esprit de divers intérêts, dont le cinéma, encore en enfance, et la séparation des positions statiques dans les chronophotographies de Marey en France, d'Eakins et Muybridge en Amérique.

Peint, comme il l'est, en sévères couleurs bois, le nu anatomique n'existe pas, ou du moins, ne peut pas être vu, car je renonçai complètement à l'apparence naturaliste d'un nu, ne conservant que ces quelque vingt différentes positions statiques dans l'acte successif de la descente.

Avant d'être présenté à l'Armory Show de New York en 1913, je l'avais envoyé aux Indépendants de Paris en février 1912, mais mes amis artistes ne l'aimèrent pas et me demandèrent au moins d'en changer le titre. Au lieu de modifier quoi que ce fût, je le retirai et l'exposai en octobre de la même année au Salon de la Section d'or, cette fois sans opposition. (...)

Je me sentais plus cubiste que futuriste dans cette abstraction d'un nu descendant un escalier : l'aspect général et le chromatisme brunâtre du tableau sont nettement cubistes, même si le traitement du mouvement a quelques connotations futuristes. »

Cette peinture renvoie en fait aux codes de la représentation cubiste tout en s'en écartant un peu.

On y retrouve en effet des compositions, des formes, une volonté de faire valoir des géométries, des figures, deux aspects simultanés d'une figure dans l'espace. Une chose est cependant inattendue : il y a un certain dynamisme, alors que les cubistes prônent une forme figée. Dans l'œuvre de Duchamp, ce n'est plus l'artiste qui se déplace autour de l'œuvre afin de le montrer sous toute ses faces mais le sujet qui se déplace et dont le mouvement est décomposé par le peintre, comme dans l'œuvre de Giacomo Balla Dynamisme d'un chien en laisse. C'est donc en quelque sorte une contestation du cubisme. Cette volonté de saisir le mouvement renvoie au futurisme (né en Italie autour du poète Marinetti) et sera une des premières ruptures produites par Duchamp dans l'esthétique moderne.

Cette œuvre de Duchamp, par son sujet, semble en même temps défier le futurisme qui prévoyait dans son Manifeste technique de la peinture futuriste de 1910 « l'interdiction pour dix ans du nu dans la peinture ».

Cette exposition fait parler d’elle avant d’être finalisé, elle est attendue avec fièvre et impatience.

Les intellectuels américains voient dans ce projet, « une entreprise de revitalisation ». En effet l’art américain est alors classique et académique.

Kuhn et Davies ont besoin d’un espace pour accueillir plus de milles toiles, trouve un lieu : la caserne de L’Armory, qu’ils louent pour 5000$ à l’armée américaine.

L’Armory Show est inauguré le 17 février 1913 et se clôt le 15 mars 1913, l’exposition rassemble 1300 œuvres dont 1/3 vient d’Europe. L’expo a pour emblème une pin déraciné : signe de révolte contre les conventions. L’exposition est ensuite installée dans les locaux de l’Art Institut of Chicago, et ensuite the Colpey Society of art in Boston.

Y sont exposées des œuvres de Cézanne, Picasso, Derain, Rousseau, Rouault, Gauguin, Kandinsky, Puvis de Chavannes, Van Gogh, Munch, Duchamp, Seurat, Brancusi, Mais aussi Delacroix et Ingres. Des œuvres Impressionnisme, Fauvisme, Cubisme, Futurisme sont présentées.

Toutes les avants gardes des dernières décennies sont montrées simultanément ce qui donne au spectateur un sentiment de chaos !

Et les tenants de l’académisme et de l’ordre moral sont indignés par les œuvres qui sont exposées. Franklin Roosevelt déclare « That’s not art ».

Les œuvres exposées, sont réparties à nouveau par nationalités, toujours selon un procédé subjectif. Van Gogh notamment est présenté comme un artiste français.

Dans ces grandes expositions, la modernité française s’exporte, subissant une adaptation culturelle dans le but de montrer la vivacité d’une modernité locale, propre à chaque pays. Le fait que ces trois expositions (Cologne, Londres, New York) soient organisées à l’initiative d’artistes n’est pas étranger à ce phénomène

Parmi les œuvres qui choquèrent le plus le public : le nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp. On baptise la salle des cubiste et futuristes : « La chambre des horreurs ».

Devant l’ensemble de ces critiques, une riposte se met en place, cette exposition est définie comme « événement capital », espérant une renaissance de l’art américain régénéré par l’art européen. En effet la section américaine de l’exposition paraît « insipide ».

Malgré le scandale l’exposition est un succès. Les artistes américains sont remis en question par les nouveautés européennes. Cette exposition est considérée comme une étape décisive dans l’histoire de l’art américain, d’autre un moment de pur égarement. Cela sera un moment clé, une confrontation entre l’art américain et l’art européen, les avants gardes ont poser le pied en Amérique et vont « contaminer » l’art américain.

« l'Armory Show, la plus grande exposition jamais organisée aux Etats-Unis (1400 oeuvres), encore considérée comme un événement central de l'histoire de l'art américain et des échanges culturels France Etats-Unis. Les oeuvres impressionnistes, fauves et cubistes présentées au public américain pour la première fois avaient fait scandale. Considérée comme l'acte de naissance de la modernité picturale américaine, l'Armory Show a incontestablement été à l'origine d'une révolution. L'exposition, qui visait à desserrer l'étau d'un académisme américain incarné par la National Academy of Design, s'est retournée contre ses initiateurs. Il faudra attendre les années soixante pour que se referme la parenthèse d'une modernité confondue avec le formalisme des peintures de Duchamp, Picasso et Matisse qui ont fait le succès de l'Armory Show. »

L’accueil que reçoit Duchamp à l’Armory show sera peut être une des raison pour les quelles il choisi l’exile aux US.

« Je ne pars pas pour New York, je quitte Paris », dit Marcel Duchamp après avoir été réformé pour un souffle au cœur. Pacifiste et antimilitariste, ces deux frères sont eux mobilisés. Duchamp, ami de Walter Pach, vit difficilement de ne pas être mobilisé et considérer comme lâche par les français. Et décide de partir à NewYOrk.

Conclusion

1er aout 1914, c’est déclaration de la guerre de l’Allemagne à la France, la guerre va marquer la fin de cette vie d’intense recherches artistique et d’échanges cosmopolite.

Chagall rentré en Russie pour épouser Bella ne peut pas revenir en France. Certains artistes vont s’engager dans la légion étrangère, où encore à la croix rouge. Certain vont être épargner grâce a une trop mauvaise santé pour être mobilisé. Ils subissent la guerre, les bombardements qui menacent Paris, la pénurie.

Mais c’est dès 1912 que l’on voit dans la presse française une montée des nationalismes :

« Qu’il y ait un peu trop d’allemands et d’espagnols dans l’affaire fauve et cubiste et que Matisse ce soit fait naturaliser berlinois, et que Braque ne jure plus que par l’art soudanais, et que le marchand Kahnweiler ne soit pas précisément compatriote du père Tanguy, et que ce paillard de Van Dongen soit natif d’Amsterdam, ou Pablo de Barcelone cela n’a guère d’importance en soi… » Louis Vauxcelles Gil Blas. octobre 1912

Marquant la fin d’un idéal porté par ces artistes européens, une Europe unie se retrouvant et communiant grâce à l’ art et la littérature.

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