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Art-Histoire-Littérature

« Le renouveau » de la tapisserie à la française. 1ère partie

2 Mars 2015 , Rédigé par Anne-Maya Guérin

Jean Lurçat, l'apocalypse, apollon, Le chant du monde .
Jean Lurçat, l'apocalypse, apollon, Le chant du monde .
Jean Lurçat, l'apocalypse, apollon, Le chant du monde .
Jean Lurçat, l'apocalypse, apollon, Le chant du monde .
Jean Lurçat, l'apocalypse, apollon, Le chant du monde .

Jean Lurçat, l'apocalypse, apollon, Le chant du monde .

tapisseries d'après Fernand Léger, commandes de Marie Cuttoli.
tapisseries d'après Fernand Léger, commandes de Marie Cuttoli.

tapisseries d'après Fernand Léger, commandes de Marie Cuttoli.

En France le renouveau de la tapisserie, lentement initié par les nabis, et l’art nouveau, va surtout se concrétiser aux lendemains de la première guerre mondiale.

Cependant il ne faut pas négliger l’importance de la tapisserie comme tradition ancestrale. Que des artistes français se tournent vers la tapisserie, n’est pas un hasard. En effet, au moyen âge et à la renaissance, la tapisserie avait un statut équivalent voir supérieur à celui de la peinture, ne faudrait il pas voir ce moment comme une renaissance, un moment où les artistes se réapproprient une technique. Ce renouveau doit donc aussi se penser dans le dialogue entre modernité et tradition que vont élaborer les peintres, ne pourrait on y voir le moyen pour des peintres qui développent alors un nouveau langage de s’inscrire dans la tradition par le biais de la tapisserie.

Il peut, dans notre réflexion, être aussi intéressant de souligner, que ce regain d’intérêt des artistes pour la tapisserie, se joue à un moment clé de l’histoire de l’art. En effet avec les Nabis, puis le fauvisme, le cubisme, l’espace du tableau est réinterrogée par les artistes. Le tableau « fenêtre », où est construit un espace illusionniste est remis en question. Les artistes reconsidèrent l’espace du tableau, comme un espace plan, bidimensionnel. Cette nouvelle conception de l’espace du tableau conduira certains artistes vers l’abstraction. Ce qui nous intéresse ici, est que le tapis, ou la tapisserie médiévale, sont justement des espaces bidimensionnels, en effet l’intérêt qu’un artiste comme Matisse peut porter au tissus est dans la possibilité qu’il donne grâce aux motifs décoratifs, de développer une autre espace dans le tableau, qui sera a nouveau développé dans les années 50 avec le All Over.

Mais c’est aussi un moyen pour les artistes abstrait, d’inscrire leur démarche dans un tradition, Sophie Taeuber-Arp, Sonia Delaunay, ou encore justifient leur passage à l’abstraction, par une présence effective et ancienne de l’abstraction dans les arts décoratifs, le tapis, et la tapisserie serait ainsi le chaînon manquant entre beaux art et art décoratifs, quand au développement de l’abstraction.

Il est aussi important de parler du « décoratif », qui comme nous l’avons déjà dit est considéré de manière péjorative, cependant de nombreux artistes qui à l’exemple de Matisse veulent intégrer la peinture dans l’espace de vie, vont considérer que le décoratif est le moyen pour intégrer l’espace. La tapisserie, est cet « entre deux » entre le tableau, et le tapis, un tapis tableau qui se tend sur le mur, et s’intégrer à l’architecture.

La tapisserie va permettre aux artistes modernes de combiner différents aspects de leurs recherches plastiques et esthétiques. Mettre la peinture dans l’architecture et l’y intégrer au moyen du décoratif.

Le renouveau des arts décoratifs, a ouvert une porte aux artistes, qui voit le moyen de conjuguer art et arts décoratifs, et ainsi mettre l’art dans la vie. Cette démarche est commune à de nombreux artistes modernes qui ont tous à un moment ou un autre de leur carrière interrogé la tapisserie.

Mais cela fut aussi possible, grâce à l’énergie, l’action, et aux convictions de trois femmes : Marie Cuttoli, qui ouvre un atelier Galerie « Myrbor » dans les années 30, Denise Majorel (la galerie « la demeure », aura une influence déterminante dans les années 1950-80) et Denise René (qui développera la tapisserie abstraite, avec Vasarely).

Marie Cuttoli (1879-1973) va travailler avec les grandes manufactures françaises, et Aubusson en particulier, afin de les faires collaborer avec l’art d’avant garde. En effet elle se passionne pour l’art moderne, et son rêve et de se faire conjuguer arts décoratifs et avant garde. Permettant ainsi la réalisation d’une tapisserie moderne. Elle est la première à faire se rencontrer art moderne et tapisserie, convaincue du rôle à jouer par les artistes pour réinventer les arts décoratifs. C’est ainsi qu’elle inaugure ce que l’on appellera la tapisserie « de peintre ».

Si dans un premier temps elle fait travailler des ateliers en Algérie (lieu où elle découvre des ateliers de tapis et tapisserie) donnant aux artisans des cartons dessinés par Lurçat, ou Fernand Léger, elle va rapidement se tourner vers les ateliers d’Aubusson, et se consacre à convaincre les différends ateliers a s’engager dans une production a partir de cartons conçus par des peintres modernes.

Les tissages sont destinés à sa collection parisienne, ou aux États-Unis où elle organise une importante exposition itinérante. Cette exposition et les catalogues qui l’accompagnent développent une clientèle américaine sensibilisée à la tapisserie de peintres. C'est grâce aux commandes de Marie Cuttoli que les États-Unis associent la tapisserie à l'avant-garde française.

Cependant tous les artistes qui entrèrent ainsi dans la collection de Marie Cuttoli ne se confrontèrent pas au carton de tapisserie, comme ce fut le cas de Lurçat, Miro, Coutaud, Matisse, Dufy. En effet, d’autres réalisations n’étaient que des adaptations d’un tableau existant, comme pour Rouault et Picasso.

Marie Cuttoli inspirera des artistes comme Le Corbusier qui découvre la tapisserie grâce à sa collection, et ce qui le conduira dans un deuxième temps développer de nombreux cartons.

Mais celui qui va permettre aux peintres de « faire confiance à la tapisserie » c’est Jean Lurçat.

En effet la tapisserie est une transposition, une interprétation d’un carton. C’est Lurçat qui à la fin des années trente va mettre en place un nouveau système de carton numéroté, un retour aux techniques moins sophistiquées, c’est à dire aux aplats francs, coloris limités, tels qu’ils étaient pratiqués au moyen âge afin de permettre une meilleure transposition des cartons réalisées par les artistes par les liciers.

Les recherches de Lurçat se concentrent sur l’idée de donner des cartons adaptés aux spécificités du tissage, et de ne pas demander à la tapisserie de reproduire un tableau, ce qu’elle ne peut pas faire compte tenu de ses limites techniques.

Ce nouveau type de carton numéroté, sans couleurs, avait ainsi sa spécificité, en effet ce n’est pas un tableau qui est transposé en tapisserie, mais une composition pensée pour la tapisserie dès son origine.

Ce renouveau de la tapisserie est le fait de la conjoncture de la volonté des artistes et de l’école des arts décoratifs d ‘Aubusson qui ont su répondre à leur demande.

C’est après la première guerre mondiale, que Antoine Marius Martin (1869-1955), va commencer à réformer l’école, directeur de l’école entre 1917 et 1930, il va « dépoussiéré la tapisserie », revenants aux fondamentaux de la tapisserie, moins de fils au cm2, un point plus gros, une réduction de la variété des nuances des couleurs, sont travail sera poursuivit par Elie Maingonnat directeur jusqu’en 1958, qui grâce aux collaborations avec Lurçat va poursuivre et intensifier cette réappropriations des codes de la tapisserie.

Cependant les liciers restent dépendant de la ligne dessinée par le peintre, et dès cette époque Guillaume Janneau administrateur des manufactures nationale, considère que la tapisserie ne pourra retrouver toute sa puissance que quand licier et cartonnier ne seront qu’une seule et même personne.

En 1947 Lurçat va fonder « l’association des peintres cartonniers », ce qui va permettre de diffuser ses recherches techniques et de permettre une meilleure collaboration entre artistes et liciers. Car Lurçat n’envisage pas de changer le duo artiste-licier.

Parmi les artistes que Lurçat va entrainer dans cette aventure de la tapisserie moderne, se trouvent : Marcel Gromaire, Picart-le-doux, Marc Saint-Saëns

Cette association rassemble dans son bureau les grands noms de la tapisserie moderne : Lurçat, Jean Picart-le-Doux, Marc Saint-Saëns, et Denise Majorel comme secrétaire trésorière.

Denise Majorel, est une figure incontournable de l’histoire du renouveau de la tapisserie, elle fonde la galerie « La demeure » en 1950. Elle va se dévouer à faire de la tapisserie à nouveau un art majeur, sa galerie sera le lieu d’exposition de la tapisserie moderne et contemporaine, mais aussi un lieu de rencontre et d’échanges qui, qui transformera la galerie en vrai « laboratoire », expériences, rencontres, échanges, et diffusion ; en effet Denise Majorel a put réaliser ainsi plus de 3000 expositions, sa galerie devient un lieu incontournable, et le centre névralgique de la tapisserie contemporaine internationale. Rassemblant des créateurs autant qu’à des artistes confirmés, Michel Tourlière, Robert Wogensky, Yves Millecamps ou Josep Grau-Garriga, Mathieu Matégot, Thomas Gleb, Pierre Daquin ou Jacques Lagrange…

Elle rassemblera aussi de nombreuses archives, qui sont aujourd’hui au musée de la tapisserie d’Aubusson.

Ainsi, « La Demeure », accueille, dès 1950, une exposition de Robert Wogensky (exposé en mai 2010 à la Galerie Chevalier) puis en 1969, une exposition d’Yves Millecamps (mai 2008 à la Galerie Chevalier), ou encore de Pierre Daquin en 1970 (2009 sur le stand Galerie Chevalier au Pavillon des Arts et du Design).

Des œuvres de ces trois artistes accompagnent une sélection de tapisseries d’autres créateurs emblématiques : André́, Fumeron, Gilioli, Jullien, Le Normand, Lurçat, Matégot, Picart Le Doux, Prassino, Tourlière, Vasarely.

Aujourd’hui c’est la galerie Chevalier qui représente la tapisserie moderne et contemporaine avec l’espoir de devenir un jour La Nouvelle Demeure des tapisseries au XXIe siècle...

Les artistes français qui vont se confronter à cette époque à la tapisserie le font avec un sens aigüe des enjeux de la tapisserie au moment où l’architecture moderne est en plain essor.

De grands murs de béton vides, lieux parfait pour accueillir une tapisserie et ainsi commencer un nouveau dialogue entre architecture, couleur, et ligne. C’est ce que revendiquent Lurçat, en affirmant son désir d’habiller les murs.

Lurçat : Jean Lurçat est une figure majeure qui contribua au renouveau de la tapisserie au XXème siècle. Depuis ses débuts auprès de Victor Prouvé à Nancy, il est sensibilisé à la dimension décorative de l’art, ainsi qu’au dialogue entre la peinture et l’architecture.

Si il développe dans un premier temps une carrière de peintre moderne, il est intéressé par la tapisserie, d’abord au canevas, puis la basse lice grâce à sa rencontre avec Marie Cuttoli. Mais c’est à la veille de la deuxième guerre mondiale qu’il découvre la tapisserie médiévale, ce choc esthétique le conduira à se consacrer à partir de ce moment jusqu'à la fin de sa vie à la création de tapisseries monumentales, afin d’habiller l’architecture. Son engagement personnel dans les deux guerres, le conduise à développer une œuvre engagée : « le chant du monde » tenture rassemblant 10 tapisseries. Il se consacre pleinement a la tapisserie a partir de 1939, et ses recherches le conduisent à vouloir créer des cartons qui prennent en compte les spécificités de la tapisserie, c’est pourquoi il s’attellera au perfectionnement du carton numéroté, qui est selon lui un des moyens de s ‘adapter aux possibilités techniques de la tapisserie.

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