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Art-Histoire-Littérature

Georges Rouault (1871-1958)

3 Novembre 2014 , Rédigé par Anne-Maya Guérin

Georges Rouault est un artiste, un peu à part. En effet il n’a fait parti d’aucun courant tel qu’ils sont nommés dans les livres d’histoires de l’art, ni d’aucun « groupe », et pourtant c’est un artiste moderne.

Il affirme sa foi et fait un art religieux à une époque anti cléricale où les artistes se libèrent de la contrainte du sujet.

Son œuvre riche et abondante montre une recherche plastique et des sujets récurrents qui sont inlassablement retravaillés et approfondis.

Tous ces éléments ainsi que sa vie simple et retirée fait de cet artiste une personnalité complexe dont nous vous proposons de découvrir la vie et l’oeuvres.

Cette année 1885, est aussi l’année où il rentre en apprentissage chez le maître verrier Marius Tamoni. Parallèlement il suit des cours du soir à l’école des arts décoratifs. En 1886, il entre chez le maître verrier Emile Hirsch où il dessine et assemble des plombs. Grâce à cette formation Rouault va découvrir l’art du moyen âge, en effet cette époque connaît une importante campagne de restauration des vitraux médiévaux et en particulier des vitraux de la Sainte Chapelle. Cette découverte des vitraux anciens sera pour lui une réelle révélation des rapports entre la couleur et la forme et l’harmonie qui peut s’en dégager.

Il est alors jeune ouvrier, et aime aller au cirque Fernando, regarder les clowns et les forains. Le cirque est un thème qu’il exploitera tout au long de sa vie.

Mais Rouault est « dégouté » du travail mécanique qu’on lui demande, et malgré des débuts prometteurs, on lui passe une commande pour une verrière, il décide de quitter tout cela pour se consacrer à la peinture, c’est pour cela qu’il décide de tenter le concours d’entrée de l’école des beaux arts en 1890.

Georges Rouault entre à l’école des Beaux Arts en 1891dans la classe d’Elie Delaunay, et dans la classe de Gustave Moreau en 1892 qui vient d’être nommé à 70 ans pour remplacer Delaunay qui vient de mourir. En rencontrant Gustave Moreau, Georges Rouault rencontre une personnalité qui le marquera profondément.

« Moreau, n’est pas un professeur, c’est l’homme le plus intelligent, le plus libéral, le plus généreux. » G.R

Gustave Moreau (1826-1898) est alors un peintre célèbre, qui a reçut plusieurs prix, mais il est peu apprécier des ses collègues. C’est un peintre qui accorde de l’importance au sens spirituel de la peinture. Son enseignement est un peu particulier est diffère de celui des autres professeurs de l’école de Beaux arts. On dira même qu’il entretenait en pleine école des beaux arts un foyer de révolte. (Roger Marx revue encyclopédique, 1896)

« Il cherchait à éveiller notre goût, à le former par l’étude soutenue de anciens et de la nature, sans rigorisme ni puritanisme. A l’école il arrivait le premier et partait le dernier, on pouvait le rencontrer parfois dans la cours du Mûrier ou dans quelques coin, croquant sur son petit album quelque antique. Quand il partait les novices s’accrochait aux basques de sa redingote en s’écriant « Monsieur Moreau, corrigez-nous ! »Il était plus jeune d’esprit que beaucoup d’entre nous. Je me rappelle certains jours, s’arrêtant devant le modèle, et nous confiant : « que cette chair est admirable sur ce fond gris, quel plaisir j’aurais encore a peindre avec vous. On croit savoir, on voit qu’on ne sait rien. » Georges Rouault Sur l’art et sur la vie Folio essais page 69.

G. Moreau, est un modèle, il apprend une technique, mais aussi des règles de vies, il emmène des élèves au Louvre pour regarder les œuvres des maitres anciens, et leur apprend à comprendre les œuvres des anciens, non pas à les pasticher. Il reçoit aussi ses élèves chez lui et leur ouvre sa bibliothèque, c’est ainsi que Rouault découvre Shakespeare et Baudelaire. Il cherche avant tout à éveiller l’esprit de ses élèves, les aider à prendre conscience de leur goût et de leurs possibilités, il donne des conseils. Rouault rencontre dans la classe de Moreau, Matisse, Marquet, Manguin, Piot, Lehmann

« Je vous explique beaucoup de choses, prenez ce qui vous convient et laissez le reste. » G. Moreau

G. Moreau encourage ses élèves à peindre et à se présenter aux concours, dont le prix de Rome où il les défend avec cœur. C’est ainsi que Rouault participe à plusieurs concours, où il reçoit des prix, comme le prix d’atelier du concours Jaurain D’Attainville, la seconde médaille au concours fortin d’Ivry, où encore le prix Chenavard, avec son Enfant Jésus parmi les docteurs. Sa seule influence alors revendiquée : Rembrandt.

Rouault présentera aussi deux fois le prix de Rome, en 1893, et 1895. Mais il connaît des échecs, bien qu’il soit aller au bout de ses forces, Le Christ mort pleuré par les saintes femmes, qu’il présente en 1895, a été effacé et entièrement repeint huit jours avant la date, quelques heures avant la présentation il le retouche encore. Gustave Moreau furieux de la décision du jury dira « Soit, je voulais pour lui le premier prix ou rien du tout, Mais voilà ils ne sont pas f… d’en faire autant !)

G. Moreau conseil alors a son élèves préféré de ne pas insister, « vous n’êtes pas fait pour les concours, on fait ça une fois dans sa vie, a pendre comme ça vous deviendriez fou. » Rouault décide alors de quitter l’école des beaux arts, Moreau l’encourage alors à travailler seul, « pour lui », ce que fait Rouault qui continue régulièrement à venir lui montrer son travail.

Commence alors une période difficile pour Rouault, il participe au salon des artistes français, puis au Salon des indépendants, où il expose son christ mort. C’est aussi le moment où il découvre l’œuvre de Cézanne et de Gauguin, dans la galerie d’Ambroise Vollard, rue Laffite. Cézanne restera tout au long de sa vie une référence importante, aussi bien pour sa peinture que pour son caractère entier, intransigeant et solitaire. Il écrira un texte sur Cézanne, qui sera publié en 1910 au Mercure de France « Noli me tangere ».

Mais ce qui va déterminer une complètement remise en question, c’est la mort de Gustave Moreau en 1898. Pour Rouault c’est un véritable choc, il perd un maître, un ami, un soutient moral. D’autant plus qu’à ce moment ses parents sont en Algérie pour porter aide et secours a sa sœur Emilie alors jeune veuve. Il vit alors quasiment sous les ponts, et « crève la faim ». Cependant il continue à peindre et exposer avec acharnement.

En effet c’est en 1901, qu’il part en retraite à l’abbaye de Ligugé près de Poitier. L’écrivain K.J.Huysmans (grand admirateur de la peinture de Gustave Moreau). Huysmans est alors oblat (c’est à dire un membre laïc de l’abbaye de Ligugé) et il vient de faire construire une maison, Notre-Dame, où il souhaite fondée une communauté d’artistes catholiques. La conversion de Huysmans est l’aboutissement d’un long parcours. Il faut souligner que Rouault suit ici un chemin spirituel qui est à contre courant de l’ambiance générale de ce début de siècle, à dominante anticléricale. C’est pourquoi la loi de 1901, relative aux associations, qui aboutira à la loi de1905 de séparation de l’église et de l’état, conduit à la fermeture de nombreuses congrégations, où a leur exile, les moines de Ligugé partirons en Belgique. Le projet de Huysmans sera lors un échec.

Mais, Rouault va aussi sortir de cet état dépressif grâce à la nature, alors malade il part en cure à Evian, où il reprend contact avec la nature. « Le repos, le ciel, la neige, m’avait nettoyer l’œil… une sorte de déclenchement se produisit je me mit a peindre avec frénésie ».

C’est a ce moment qu’il abandonne sa manière de peindre « d’école » pour commencer une série de filles, et tête « grotesque » peinte à l’aquarelle, rehausser de pastel dans des tonalités bleus ? Georges Rouault essaye ici d’appliquer les conseils de son maître, « d’écouter sa voix intérieur », et la peinture devient pour lui un moyen d’expression.

Sa situation financière va aussi connaître plus stabilité grâce encore une fois à Gustave Moreau. En effet avant sa mort se dernier a fait un testament où il offre sa maison et ses œuvres à l’état a condition d’en faire un musée. Le legs est accepté en 1902, et le Musée et inauguré en 1903, Georges Rouault est nommé premier conservateur du Musée Gustave Moreau. Cette place, aux faibles appointements (2400 Fr par an), va permettre à Rouault de se consacrer entièrement à sa peinture. A cette nouvelle manière, grâce à la quelle il met en places de sujets qui deviendrons alors récurrents dans l’œuvres de Rouault : les filles, les clowns, et les saltimbanques.

Il loue alors un atelier avec le peintre Marquet, et demande a des prostitués de poser en échange d’un moment au chaud. Rouault évoque la grande pitié qu’il ressent pour ces filles victimes d’une société hypocrite. Il peint et dessine, afin d’élaborer ce nouveau style qui va se caractériser par la violence du dessin, une ligne très dynamique, une touche vive et une manière de forcer l’expression en déformants le corps et les visages. Mais aussi par un travail particulier de la matière : il mélange aquarelle, gouache et pastel, recherchant des harmonies de couleurs. « Le dessin est un jet de l’esprit en éveil ! » G.R.

Ces nouvelles œuvres, prostituées, juges ou avocats, montrent aussi la manière dont Rouault a su réinterpréter les caricatures de Daumier que collectionnait son grand père. Et montre aussi le goût de l’époque pour le dessin à charge, et ces accumulations de « trognes », qui apparaissent comme dans les jeux de massacre des foires. Rouault reprend le travail d’épuration et d’expressivité de la ligne que nécessite la caricature, mais pour mettre en place des types, qu’il retravaillera toute sa vie durant. Il les réinterprète jusqu'à leur donner une dimension spirituelle, le type du bourgeois devenant le pharisien moderne. Le clown est comme un nouveau christ aux outrages. Rouault ne cherche pas à faire des portraits mais à dégager des types qui lui permettront une réflexion sur la société qui s’exprime dans sa peinture. Il interroge l’être et le paraître : la prostituée où la sainte ? Le juge ou le condamné ? Chaque type, montrant sa double face. Il juxtapose le grotesque et le tragique, comme ils le sont dans la vie. D’où le rejet que certains auront de sa peinture, qui est alors comme un miroir.

Rouault expose régulièrement au salon d’automne dont il a participé à la création. Si il reste en accord avec sa voix intérieur, par contre, il rencontre beaucoup d’incompréhension. Ses nouvelles œuvres, qu’il expose au salon d’automne et au salon des indépendants, choquent et déconcertent, il recevra des lettres d’injures. « Est-ce dommage ce garçon était fait pour rénover la peinture française, et voici qu’il se met a faire des filles ! »

En effet, Rouault, travail seul, il ne fait parti d’aucun courants, des critiques d’art comme Apollinaire ne savent pas bien où le placer.

Cependant, quelques critiques, prendront sa défense. André Loth écrit a Jacques rivière, à propos du Salon d’automne de 1908 : « Le seul qui a vraiment fait quelque chose de beau c’est Rouault, Cette fois ça y est. A condition qu’il continue. Il y a trois tableaux de femmes nues, à différents degré d’achèvement, (…) Le dessin toujours simple, suggéré par des masses, devient délicieusement pur. Et la couleur, la même est cette fois ci soigneusement, longuement, définitivement posée. J’aime cela sans presque aucune restriction et il n’y a rien au salon qui en approche, même de loin, la puissance et l’originalité. »

Georges Rouault se marie en 1908 avec Marthe Le Sidaner, sœur du peintre Henri-Eugène Le Sidaner, elle est pianiste, et donnera des cours de piano afin de contribuer aux besoins de la famille, qui s’agrandit rapidement : ils auront quatre enfants.

Rouault expose chaque année, au salon des indépendants ou bien au salon d’automne, et commence aussi a exposer à l’étranger, à Londres, ou encore St Petersburg. Sa première exposition personnelle a lieu en 1910 à la galerie Druet, où il expose 120 peintures, 43 céramiques, et 10 terres vernissées. Jacques Maritain, écrira la préface du catalogue. Plusieurs collectionneurs découvrent alors son œuvre, et lui achèteront régulièrement des œuvres.

C’est à cette époque qu’il fait la rencontre du poète André Suarès (1868-1948), qui deviendra un ami, un collaborateur, et avec lequel il entretiendra une importante correspondance.

En 1912 il s’installe à Versailles, proche de ses amis, J&R Maritain. Cette année 1912, est également celle de la mort de son père, cet événement sera le déclencheur du travail sur le Miserere, grand livre illustré sur le quel il travaillera pendant de nombreuses années.

Cette période est un tournant déterminant dans la carrière de Rouault. En effet, Ambroise Vollard, le rencontre à nouveau en 1913 et plus propose de devenir son marchand exclusif. Vollard est à cette époque reconnu comme un des plus grand marchand de tableau de son temps. Celui qui a fait connaître Degas, Monet, Renoir, et Cézanne. Rouault a quelques réticence à se lier ainsi à un seul marchand, mais la famille s’agrandie, et Vollard lui propose un arrangement financier qui lui apporte une certaine sérénité.

Les débuts de leur collaboration sont troublés par les événements, la guerre est déclarée, et Rouault est soit retiré à la campagne dans la manche, soit à Versailles. Paris est menacé, et Vollard décide mettre en sureté sa collection de tableaux, qu’il confie a Rouault qui est en province. C’est en 1917 que leur association est officialisée par un contrat, où il est stipulé que Vollard lui achète la totalité de son atelier, c’est à dire 770 tableaux pour 49150 francs, plus un complément de 2 millions a versé plus tard. Georges Rouault qui considère ces œuvres comme inachevés, accepte à la condition de les terminées a son rythme. Le contrat stipule : « Seules les pièces achevées peuvent être livrées », et Rouault impose son rythme, en ce qui concerne son travail.

Mais Ambroise Vollard qui a depuis plusieurs années mené à bien des éditions de livres d’artistes, avec des estampes de Bonnard, Rodin, Chagall…, voit en Rouault un interlocuteur privilégier pour la réalisation de livres. Et dès 1913 il le sollicite pour réaliser des illustrations pour ses éditions, dans les années qui suivent il lui passe diverses commandes qui vont obligées Rouault a délaisser la peinture pendants plusieurs années et de se consacrer à la gravure.

Ses projets éditoriaux sont déficitaires, mais permettent à Ambroise Vollard de satisfaire ses appétits intellectuels, il faut dire qu’il est un pionnier en ce qui concerne cette alliance entre la peinture moderne et la poésie, qui se concrétise dans la réalisation d’un livre illustré.

Ambroise Vollard a de grandes ambitions, il veut parvenir a atteindre la perfection, aussi bien au niveau technique que esthétique, recherchant une harmonie parfaite dans l’architecture même du livre. Pour cela il donne aux illustrateurs une entière liberté, et met a leur disposition les meilleurs ouvriers imprimeurs, mais aussi les meilleurs graveurs( bois, litho, cuivre), toute une équipe d’artisans est ainsi au service de l’artiste. Dans sa recherche de perfection Vollard, recherche aussi les plus beaux papiers. Ces exigences contraignantes imposent de nombreux délais ce qui explique pourquoi certains projet pourront mettre près de 20 ans a se réaliser. Vollard voit en Rouault de grandes possibilités d’illustrateur et dès 1916 il lui confie l’illustration des Réincarnations du Père Ubu, série de textes dont il est l’auteur. Rouault accepte et demande en contre partie le soutient de Vollard pour la réalisation du Miserere

Rouault consacrera de nombreuse années a la réalisation de ces illustrations, des centaines d’esquisses, sont longuement travaillées, puis ensuite il passe à la gravure, de nombreux essais seront nécessaires pour parvenir a obtenir les effets de lumière rechercher. C’est ainsi que fait une double journée, une première de peintre, puis une deuxième de graveur, car il attaque lui même le cuivre ! Mais son temps de peinture diminue de plus en plus, ses amis, Suarès en particulier s’affligent de voir Rouault délaisser ainsi la peinture. Encore une fois, il se place dans la position de l’artisan, qu’il affectionne particulièrement. Vollard voyant Rouault chargé de limes, grattoirs, de burins et de papier émeri :

  • « Qu’est ce que vous allez faire de tout cela ? Des eaux fortes, des aquatintes ?
  • « appelez cela comme vous voudrez, on me donne du cuivre, je fonce dedans ! »

Les eaux fortes, dans leur état définitif seront achevées en 1928, mais suit un long travail de typo, et de mise en page, le livre ne sera achevé qu’en 1937. En effet A. Vollard a une vision globale du livre, et recherche une harmonie de l’ensemble, il n’est pas question de placer des illustrations face au texte correspondant, mais de trouver une harmonie de style entre l’image et la typo, entre les pleins et les vides, les blancs et les noirs.

Dès 1910, Rouault avait recommencé à travailler la peinture à l’huile, tout en privilégiant des techniques mixtes. Il expérimente, et met au point sa technique, qui est toujours en constante évolution. Il commence a mettre en place cette manière particulière de travailler avec des matières sèche : pastel, sur du gras : peinture à l’huile, et ce contrairement a ce qui se fait traditionnellement.

C’est un peintre de table, il travail à plat, comme le peintre d’icône. De plus il peint sur un papier marouflé sur toile. Le travail sur papier marouflé, donne un touché plus sensuel, la brosse glisse sur papier, qui est tendu comme une peau. Et la couleur n’agit pas de la même manière que sur une toile, car les sous couches travaillées en jus remonte à la surface. La peinture à l’huile permet des créer ces effets de transparence. Cette manière particulière de travailler que met en place Georges Rouault montre une attention à la matière. Il travail par superposition, monte les tons, ce qui lui permet de trouver une lumière unique. De plus son rapport à la toile, est comme désacralisé, le support papier moins intimidant, donnant une plus grande liberté au peintre. Il est tel un artisan fabricant une icône, lui même aime a se présenter comme l’apprenti ouvrier.

Cette attention à la matière est de plus en plus présente dans sa peinture, qui au fil du temps devient de plus en plus épaisse. Il travail sur plusieurs toiles à la fois, de long moment sont accordés à la contemplation, et à la méditation, afin de trouver le sentiment juste qui lui permet de retoucher, et d’équilibré sa composition. Il est toujours en quête d’une pure harmonie.

« Le terrible en art c’est de savoir s’arrêter, c’est Bonnard qui dit cela, et il a bien raison. » Rouault cité par Claude roulet.

Il apparaît comme un alchimiste du moyen âge, travaillant de manière solitaire dans son atelier-laboratoire, à la recherche d’une matière, cette recherche est aussi une quête spirituelle. Sa peinture montre de plus en plus de sujets religieux.

  • Autoportrait l’apprenti ouvrier, 1925.

Georges Rouault et Ambroise Vollard entretenait jusque là des relations cordiales, mais les incessantes demandes de Vollard accablent Rouault de travail. C’est au début des années 20, que Vollard installe l’atelier Rouault dans son hôtel particulier rue des Martignac. Cette situation, particulière peut apparaître très contraignante, et parfois Rouault s’en plaint, il dit être un prisonnier volontaire. Mais par certains aspects, elle lui convient, et correspond à son goût du secret, Rouault ne parle jamais de sa peinture, et personne ne peut entrer dans son atelier. Il ne peint pas d’après model et va peu sur le motif, ses portrait sont des types, et si il fait le portrait d’une personne il préfère travailler d’après photo.

Cependant il continue à exposer régulièrement, en France ou à l’étranger.

La fin des années 20 est marquée par l’achèvement des planches du Miserere, débuté en 1912. Les premiers dessins avaient été fait lors de la mort de son père, les évènements de la première guerre mondiale, avaient été la source d’inspiration de la suite du livre. Les cuivres connaitrons jusqu'à 15 états successifs, Rouault, toujours en quête de perfection, est à la recherche d’une tonalité de lumière « juste ». Ce grand livre qui ne sera édité qu’en 1947, est le chef d’œuvre de Rouault, aussi bien en ce qui concerne l’esthétique, la technique, que la charge spirituelle qui s’en dégage, Rouault fait se répondre en écho des scènes qui évoques la première guerre mondiale, et la passion du christ, dans une atmosphère apocalyptique. Le livre sera particulièrement bien accueilli par le public en 1948 lors de sa première exposition, l’intense émotion qui se dégage du livre étant en parfait accord avec la sensibilité de l’époque, à la sortie de la guerre. Rouault apparaît faire une œuvre visionnaire.

L’association Rouault –Vollard se terminera de façon dramatique : en juillet 1939, Vollard part rendre visite à Picasso, et sur le chemin du retour, meurt sur le coup dans un accident de voiture. Commence alors une période ambiguë pour Rouault, il se sent libéré et pouvant retourner à la peinture, mais les héritiers d’Ambroise Vollard considérant l’atelier de Rouault comme leur possession y font poser les scellé, en interdisant ainsi l’accès au peintre, commence alors une bataille juridique qui ne s’achèvera que de nombreuses années plus tard.

Rouault est alors démunis de ce qu’il appel ces instrument de travail : son fond d’ateliers, les centaines d’esquisses et toiles, et états des gravures réaliser pour ses différents livres qu’il re-travail inlassablement, et qui forment une ensemble de recherches techniques et chromatiques. Sans oublier ses classeurs, « bibliothèque » d’images, coupures de presse, paysages, images de statuaire romane et gothique, d’oeuvres égyptiennes, de danseuses de ballets. Tous ces éléments constituent ce qu’il appelle son « clavier pictural ». En effet il explique au juge, que ces oeuvres sont pour lui son « matériau artistique », un catalogue d’image et de matière qui lui est nécessaire pour poursuivre sa création.

De plus Rouault voyant certaines de ses œuvres qu’il considère inachevées être vendues se voit obliger de faire un procès aux héritiers d’Ambroise Vollard en 1942. Une fois le procès contre les héritiers Vollard Rouault terminé en 1947, il alors est complètement libéré. Ce procès, a son importance car il fit jurisprudence, « le peintre a la propriété de son œuvre tant qu’il n’a pas déclaré la livraison effectué », c’est grâce a ce jugement qu’il va pouvoir retrouver son fond d’atelier. Il prend a ce moment une décision radicale, en faisant un tri important dans ses œuvres et en décidant de brûler devant huissier plus de 300 œuvres considérant que compte tenu de son âge avancé il ne sera jamais capable de les achevées.

1940-1958 une peinture spirituelle et chatoyante

De plus il est contraint à l’exil par la guerre qui vient d’être déclaré, il partira pour Beaumont sur Sarthe, puis en zone libre, à Golfe Juan. Abandonnant sa maison de Beaumont qui sera occupée par les allemands et mise a sac. L’œuvre emblématique qu’il peint a cette période : L’homme est un loup pour l’homme.

C’est a cette période, dans le sud qu’il retrouve Tériade, ils se sont rencontrés a plusieurs reprise, Tériade a publier de nombreux articles sur l’œuvre de Rouault dans l’intransigeant, et lui a demander des couvertures pour la revue Verve, à la fin en 1938 et 1940. Il s décident alors de réaliser un livre sur le thème du cirque, dont Rouault ferait les illustrations mais aussi le texte : c’est divertissement.

Divertissement, est un livre autoportrait, , un livre modeste, mais dont la réalisation soignée et raffinée en fera une oeuvres très appréciée des bibliophiles.

C’est en 1948 qu’il s’installe près de la gare de Lyon, face au beffroi, cette dernière partie de sa vie montre un artiste moins renfermé, plus enclin a ouvrir son atelier, il y accueille critiques et artistes.

« Je suis fou de peinture, et comme tout enfant, j’espère et je rêve encore a je ne sais quel jardin merveilleux, c’est une terre promise où il ne me sera pas permit de pénétrer de mon vivant » Lettre à Suarès

Rouault a alors 70 ans et sa palette devient de plus en plus lumineuse et chatoyante, il reprend les mêmes sujets, figures du cirque, images du christ, paysages bibliques. Mais les recherches d’accords de couleurs, et d’effets de matière vont donner une déclinaison infinie de possibilité de sentiments.

Les images qu’il produit sont de plus en plus spirituelles, il s’en émane une grande sérénité. Il place le spectateur devant des icônes.

La couche picturale devient alors de plus en plus épaisse, créant des reliefs. Les couches de couleurs se superpose créant des effets d’une grande subtilité et d’une grande délicatesse malgré une matière qui s’épaissie et donne un aspect massif. On remarque cependant qu’il va de plus en travailler le cadre de manière décorative. Ces dernières œuvres semblent des reliefs colorés.Georges Rouault est peintre qui est à la fois internationalement reconnu, tout en restant, comme a part , sur la marge. Les sujets qu’il travaillera toute sa vie, le place dans une atmosphère de « christianisme primitif » qui paraît en total décalage avec son époque. Les images qu’il créé, sont des types, ou des symbole, qui interroge notre société et même au delà notre humanité. Il ne fera jamais de tableaux abstrait, mais la couleur, la lumière, la matière sont au premier plan, et prennent le dessus, mais c’est justement ces effets sensibles, qui vont donner au sujet toute sa subtilité, et une émotion propre. La synthèse du dessin, et la codification des sujet, rappel, l’art du moyen âge et de Byzance, intégrant l’œuvre de Rouault a une tradition très ancienne , une œuvre conçue dans la foi.

Georges Rouault (1871-1958)
Georges Rouault (1871-1958)
Georges Rouault (1871-1958)
Georges Rouault (1871-1958)
Georges Rouault (1871-1958)
Georges Rouault (1871-1958)
Georges Rouault (1871-1958)

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Alain 19/05/2017 17:07

Par pitié, revoyez l'orthographe de ce magnifique article, tout a fait passionnant.